Cette notion de durabilité est devenue un leitmotiv pour beaucoup

Nos actions

Cette notion de durabilité est devenue un leitmotiv pour beaucoup

En matière de pêche, ce terme a surtout pour vocation de se donner bonne conscience. Les décisions de restauration de la ressource, pour nous assurer une exploitation durable, se font malheureusement de façon quasi exclusive sur le dos de la pêche de loisir, ceci en occultant les mesures nécessaires et élémentaires pour y parvenir.

Pour la seconde année consécutive, la pêche du lieu jaune nous est fermée les quatre premiers mois, sous couvert de repos biologique. Pendant ce temps, les débarquements de cette espèce par la pêche professionnelle sont tels qu’ils permettent de fournir quotidiennement les étals des grandes surfaces à bas prix. Les promotions étaient récurrentes cet hiver, telle cette tonne de lieus proposée à moins de 7 € le kilo dans un hypermarché finistérien. Une fin peu valorisante pour ce poisson de grande qualité.

Et l’argument du prix abordable pour tous ne pourra tenir longtemps face à une ressource que l’on nous dit effondrée.

Certains pêcheurs artisans ont bien compris que nous ne sommes plus dans une logique durable et demandent de façon de plus en plus insistante à restreindre l’accès à certaines ressources pendant cette période de reproduction hivernale. Les pêcheurs capverdiens pourraient nous servir d’exemple. Un récent séjour dans l’archipel m’a rappelé à quel point cette notion de durabilité était bien concrète pour eux. Lors d’une sortie sur un de leurs spots, j’ai vu mon binôme du jour, pêcheur sous-marin professionnel, laisser passer une demi douzaine de wahoos qu’il estimait trop petits. Pourtant la taille des poissons, autour des 78 kg, était de toute évidence au-dessus de la maille règlementaire en vigueur dans le pays.
La demande en poisson, liée à l’activité touristique, est telle qu’il pourrait écouler la totalité de ses captures sans difficulté. Mais outre ce souci de préservation, se pose celui du prix. Restreindre les débarquements est un gage de cours élevé. Lors de mon premier séjour au Cap Vert, il y a plus de vingt ans, le prix moyen du wahoo était de l’ordre de 2 € le kilo. Cette année, pour la première fois, il a atteint les 10 €.

Cette leçon de réalisme devrait nous faire réfléchir. Cependant, transposer le modèle capverdien dans notre pays n’est pas vraiment envisageable, nos pêcheurs devant fournir un tout autre marché, celui de la consommation de masse. L’équation prix/rémunération, qualité, quantité et préservation restera compliquée à résoudre. Mais effectivement, limiter certaines pratiques hivernales nous y aiderait.
L’autre leçon de cette expérience capverdienne serait la sélectivité de leur méthode de pêche. Cette faculté de choisir sa prise est unique et répond parfaitement aux critères de durabilité. Et la pêche sous-marine est particulièrement bien adaptée à l’espèce recherchée et aux conditions locales, ces zones tropicales offrant de bonnes conditions de pratique et des espèces pélagiques accessibles.

En France, l’évolution de la plongée dans le monde de la pêche professionnelle est bien réelle. Cependant elle reste assez marginale et se concentre sur des pêcheries bien précises, tels la Saint-Jacques, les oursins ou les ormeaux. Mais mon propos vise surtout à mettre une nouvelle fois en avant cette sélectivité unique qui caractérise, à l’instar de la ligne, la pêche en apnée : un choix, un tir, un poisson et aucune autre atteinte à l’environnement.

Les aires marines protégées dans leur quête de préservation de la ressource et de son habitat devraient avoir cette réflexion sur la durabilité des méthodes de capture et, en toute logique, faire cette promotion des pêches à la ligne et sous-marine. Malheureusement, sanctionner les seuls pêcheurs de loisir, qui pratiquent pour beaucoup ces pêches douces, reste à ce jour la seule réponse de nos décideurs pour se justifier « d’actions durables ».

Joël Arvor
responsable commission pêche sous-marine