Pêche sous-marine… et crustacés
Pour bon nombre de pêcheurs sous-marins, le mois d’avril est synonyme de premières sorties. La fin d’un hiver interminable, de meilleures conditions de mer, mais surtout l’arrivée des araignées, expliquent cette effervescence. Particulièrement recherchée et appréciée des pêcheurs en apnée, l’araignée n’est toutefois pas le seul crustacé susceptible de finir dans nos filets. Le homard, et plus accessoirement la langouste, seront d’autres prises dont la rencontre ne relève pas toujours du hasard.
L’araignée : nos premières captures
Nos débuts en pêche sous-marine se sont souvent concrétisés par la capture de notre première araignée. C’est avec une certaine fierté que nous remontions ce crustacé comme un trophée. L’araignée de mer qui répond au nom scientifique de Maja squinado en Méditerranée et Maja brachydactyla en Atlantique est une espèce particulièrement recherchée pour la finesse de sa chair.
En Atlantique et en Méditerranée, elle arrive du large vers nos côtes dès les premiers beaux jours d’avril, voire dès mars en Manche. Elle désertera les eaux côtières fin juin. On peut considérer que l’araignée est relativement abondante. Mais depuis quatre ans on relève une évolution un peu inquiétante sur certains secteurs. Alors qu’elle foisonnait sur des zones, telle que la pointe du Raz, elle y a quasiment déserté les plateaux rocheux et tombants qu’elle affectionnait. La prolifération de poulpes en est certainement la cause. Parallèlement on relève des concentrations inhabituelles, parfois de plusieurs centaines d’individus, sur des secteurs essentiellement sableux.
Appelée esquinade en Méditerranée, elle y est moins présente et sa pêche reste assez anecdotique. Sa capture ne présente pas de difficultés particulières. Il conviendra juste d’être vigilant en saisissant une belle araignée mâle dont les pinces peuvent être agressives pour les doigts.
Comme pour tout crustacé, la pêche de l’araignée ne se pratique qu’à la main avec un quota journalier limité à six et une taille règlementaire de 12 cm (mesure prise entre les rostres jusqu’à la bordure postérieure de la carapace). Les gros mâles, appelés coureurs, peuvent dépasser les 3 kg.
Le homard : la gamme au-dessus
On oubliera assez rapidement la capture de sa première araignée, mais pas celle de son premier homard. Il s’agit ici du homard européen Homarus gammarus reconnaissable à sa couleur bleu nuit. Présent pratiquement toute l’année en Atlantique, sa rencontre relève assez rarement du hasard. Il se prend pour l’essentiel à trou. Ce dernier n’est pas qu’une simple cavité mais souvent une dalle bien ventilée bénéficiant de plusieurs accès. Il n’est pas rare que cette dalle soit à nouveau colonisée quelques jours après une première capture.
Plusieurs techniques sont envisageables pour le saisir en évitant ses pinces : utiliser une entrée secondaire, lui titiller le bout de la queue avec la pointe de la flèche pour qu’il se retourne… Et le rencontrer en dehors de son repère n’est pas impossible, notamment en recherchant le bar dans des couloirs de sable ou de galets couverts de laminaires
Le homard connaît une évolution un peu similaire à celle de l’araignée. Assez présent à la pointe Bretagne il y a encore quatre ans, ses populations sont en nette diminution, pour cette même raison : la présence du poulpe. Ce dernier, même s’il fait le bonheur de la pêche professionnelle, a mis à mal les ressources de crustacés, coquilles Saint-Jacques et ormeaux. En Bretagne nord,
la situation est différente avec un stock qui semble encore bien
se porter.
Comme l’araignée, sa rencontre est plus aléatoire en Méditerranée. Il est soumis à une taille minimale de 9 cm (longueur du céphalothorax), et peut atteindre des poids conséquents, jusqu’à 6 ou 7 kg. Cependant de tels spécimens n’ont pas la finesse de chair d’un homard de 1,5 kg.
La capture de homards grainés n’est pas interdite, mais il relève du bon sens de les relâcher, initiative gage de durabilité.
La langouste : tout un symbole
Qui n’a pas rêvé un jour de croiser Panilurus elephas accrochée sur un tombant ou bien posée au fond d’une faille profonde ? Indéniablement, la langouste rouge constitue le graal en matière de crustacés pour le pêcheur sous-marin.
Également appelée langouste royale, elle est présente sur les façades méditerranéenne et atlantique. Elle est considérée comme la plus savoureuse.
Soyons honnêtes, on ne va pas faire une sortie sur la langouste. Tout au plus, on sait qu’à certaines périodes de l’année et sur certains sites, sa rencontre reste possible. Les secteurs de Sein et Ouessant sont parmi les plus propices en Finistère.
Sous les effets d’une pêche professionnelle intensive, elle avait quasiment disparu de ces zones de prédilection. Une prise de conscience a permis de la sauver. En effet, le comité local des pêches d’Audierne a créé un cantonnement sur la chaussée de Sein en 2006, en y interdisant l’usage du filet. Cette mesure a été bénéfique car les stocks se sont reconstitués.
En Bretagne, sa rencontre se fera souvent lors d’une partie de pêche sur le lieu jaune, poisson fréquentant les mêmes reliefs sous-marins, c’est-à-dire des remontées assez profondes balayées par les courants. La prudence s’impose dans ces conditions. Être déjà à une vingtaine de mètres et repérer la belle des profondeurs 5 ou 6 m plus bas peut vous inciter à prendre des risques.
La fin de l’été est certainement le moment le plus opportun car elle a tendance à remonter sur les sommets des têtes de roche et plateaux, et on peut espérer une capture dans moins de 10 m d’eau. Il faudra ensuite prendre soin de la saisir fermement par la partie arrière du céphalothorax. Ses violents coups de queue, doublés à un manque de prise sur les gros sujets, peuvent surprendre et vous faire lâcher prise.
Les plus gros spécimens peuvent dépasser les 6 kg. Mais une langouste de 2 kg sera déjà une très belle prise.
Il est de plus en plus fréquent d’observer des langoustes juvéniles, appelées puces, y compris dans des zones côtières. On se contentera de les observer car souvent elles n’atteignent pas la taille minimale légale de 11 cm (longueur du céphalothorax) ce qui correspond à un individu de 25 cm maximum. On agira de la même manière avec une langouste grainée dont la capture est interdite. La pêche de la langouste rouge est également prohibée du 1er janvier au 31 mars, toutes façades maritimes confondues.
On pourrait également citer le tourteau ou l’étrille susceptibles d’agrémenter nos sorties. Une certitude : les crustacés représentent une belle alternative à des sessions de pêche sous-marine au cours desquelles le poisson n’est pas toujours au rendez-vous.
Joël Arvor
responsable commission pêche-sous marine





