Argumentaire contre l’interdiction du plomb dans la pêche de loisir en mer
La Confédération Mer et Liberté se prononce contre l’interdiction de l’utilisation du plomb de plus de 20 g en mer pour les raisons suivantes.
Un impact environnemental en mer non démontré scientifiquement
Contrairement aux zones humides d’eau douce (où les cas de saturnisme aviaire sont documentés), aucune étude scientifique sérieuse n’a démontré un effet toxique significatif du plomb de pêche dans le milieu marin côtier. La dernière étude publiée par Ecotoxycology (Springer Nature) en mars 2022 et dirigée par le docteur Vincent Leignel, professeur de biologie à l’université du Mans, démontre la présence de résidus industriels de plomb sur les invertébrés et organisme filtreurs. En aucune manière la diffusion de particules depuis des plombs de pêche de dimension classique n’a été démontrée en raison du caractère inerte du solide utilisé, et de son caractère insoluble [1].
L’accusation orientée selon laquelle les pêcheurs de loisir seraient une source de pollution au plomb en mer repose sur des extrapolations non adaptées au contexte marin (grenaille de plomb pour les cartouches de chasse, plombs fendus d’eau douce…). En mer, les conditions de dispersion, de profondeur et de salinité rendent la biodisponibilité [2] du plomb incomparablement plus faible que dans les lagunes ou étangs, affectant par ailleurs notamment les oiseaux. Il va sans dire que les poissons eux-mêmes ne sont pas vecteurs de transmission.
Les études existantes diligentée par l’ECHA (agence européenne des produits chimiques) ont souligné que le plomb lorsqu’il est toxique, sans niveau d’exposition jugé sûr, et peut présenter un risque de saturnisme, c’est uniquement via inhalation (fumées, poussières) ou ingestion (dans les réseaux trophiques). Donc la chaine alimentaire éponyme concernant la pêche de loisir en mer ne peut être concernée par des plombs couramment utilisés (entre 20 et 400 g) dans des conditions de pêche depuis un bateau ou depuis le bord.
Pas de substitut réellement adapté aux contraintes de la pêche en mer
Les conditions marines (courant, profondeur, houle) nécessitent des lestages importants (de 20 à 400 g), et les substituts comme le tungstène, le bismuth ou l’acier ne remplissent pas ce rôle efficacement :
- le tungstène est trop cher ;
- l’acier est trop volumineux et moins dense ;
- l’étain ou le zinc sont instables en mer (corrosion, toxicité).
Il n’existe aucune étude concernant les mesures de toxicité de ces métaux ou alliages en milieu marin de différentes salinités. À l’inverse il a été démontré de fortes toxicités pour des formes méthylées du bismuth, des organoétains ou du cuivre. Rien à ce jour ne garantit l’innocuité de ces substituts en milieu marin. Le plomb reste donc bien en mer le produit écologiquement approprié au regard de l’environnement.
Si l’apparente volonté des institutions est de vouloir remplacer le plomb à très court terme, nous émettons les réserves voire les recommandations suivantes !
- Tungstène : la présence en mer de formes toxiques n’est pas exclue, et l’impact sur la chaîne trophique reste flou.
- État controversé des connaissances sur le bismuth : accumulation marine tangible ; ses effets sur les invertébrés et la chaîne trophique nécessitent un examen approfondi.
- Loi du juste poids écologique et du simple bon sens : remplacer le plomb par un autre métal non étudié risque de créer un nouveau problème environnemental global et qui vraisemblablement se révélera rapidement encore plus important, non seulement pour les poissons mais pour l’être humain par voie de conséquence.
- Appel à la recherche ciblée : lancer des études en contexte marin (algues, crustacés, poissons, mollusques, annélides…) pour le tungstène, le bismuth ou autres, avant de généraliser leur utilisation comme substituts.
- Les montages avec bas de ligne coulissants, grappins, traîne ou palangrotte sont conçus pour les caractéristiques physiques du plomb (densité, malléabilité). Les alternatives modifient radicalement les équilibres, avec risques de perte de matériel et donc de pollution supplémentaire au nylon ou polycarbonate notamment.
Une interdiction qui frapperait d’abord les pêcheurs modestes
et qui aurait une incidence, sociale et donc politique, non négligeable.
- Une plombée pour la pêche en mer coûte actuellement entre 1 et 3 €. Son équivalent en tungstène coûte jusqu’à cinq à dix fois plus cher.
- Interdire le plomb reviendrait à réserver certaines techniques (pêche à soutenir, surfcasting, verticale, jigging) à une minorité de pratiquants aisés.
- Les pêcheurs de loisir en mer sont souvent des retraités, des familles, des marins amateurs : leur équipement est rustique, souvent réutilisé, réparé, transmis. Les frapper d’interdits matériels serait profondément inégalitaire.
- Cela est sans compter que cette façon de procéder sans étude d’impact sérieuse, juste sous la pression de vision somme toute dogmatique de « l’air du temps », ne fera qu’ajouter une restriction supplémentaire à la pêche de loisir et de l’incompréhension. À l’instar de ce qui s’est passé dans le monde agricole, il est sans doute sage de sursoir à ce genre d’approche.
Une pratique déjà responsable et respectueuse de l’environnement
La pêche de loisir en mer :
• ne se pratique pas sur des zones de nidification aviaire ;
• n’utilise pas de grenaille comme dans la chasse ;
• perd peu de plombs (contrairement à la pêche en eau douce ou en rivière encombrée), et donc une quantité infinitésimale au regard du milieu et de l’impact prétendu.
Des actions de récupération et de sensibilisation sont déjà en place dans les ports et associations (ramassage, information, recyclage du matériel).
Les fédérations encouragent la bonne pratique, le respect de la ressource et l’innovation technique sans attendre une interdiction imposée d’en haut.
Une transition intelligente plutôt qu’un interdit rigide
Il serait contre-productif d’interdire massivement le plomb sans évidence et études sérieuses d’impact réel et avéré en mer, ni sans transition et accompagnement économique des pratiquants et artisans.
Des solutions alternatives existent :
- limitations aux plombs inférieurs à un poids à discuter ;
- zones expérimentales ;
- subventions pour l’enrobage des plombs ;
- campagnes d’éducation, d’information et de récupération et recyclage des plombs usagés.
Conclusion
Une interdiction généralisée du plomb dans la pêche de loisir en mer reposerait sur une confusion entre milieux marins et zones humides, les pratiques qui n’amènent pas ici à ingestion ou présence dans les organismes mais laissant la matière inerte, sans base scientifique claire. Elle pénaliserait injustement des centaines de milliers de pratiquants responsables dont notamment les plus modestes. L’impact électoral dans une situation où la pêche de plaisance se perçoit déjà largement comme une variable d’ajustement avec une succession de contraintes non clairement justifiées et un sérieux niveau d’exaspération, ne devrait pas être sous-estimé.
Les inconnues toxicologiques concernant les substituts de plomb militent pour la plus grande prudence. La solution passe par d’abord assoir toute décision sur des certitudes scientifiques sérieuses et non sur des visions d’opportunité politique sous la pression de l’air du temps. Toute transition qui pourrait s’avérer nécessaire se devrait de toute façon d’être raisonnée, comme pourrait l’être par exemple l’interdiction des plombs fendus de faible poids et diamètre avec une forme d’accompagnement de solution de limitation des risques (mitigation) comme l’enrobage subventionné ou autre.
La Confédération Mer et Liberté s’oppose donc à l’interdiction de l’utilisation du plomb dans les conditions proposées à la Commission européenne par l’agence européenne des produits chimiques (ECHA) et propose un moratoire de dix ans destiné aux études scientifiques et toxicologiques. Pendant ce moratoire, un accompagnement des fabricants par des fonds européens en matière d’enrobage des plombs pourrait être étudié.
La Confédération Mer et Liberté et les fédérations qui la compose, continueront à informer et prôner les bonnes pratiques via l’ensemble de ses vecteurs de communication, de formation et de pédagogie.
[1] https://www.researchgate.net/publication/357882815_Lead_in_the_marine_environment_concentrations_and_effects_on_invertebrates
[2] Vitesse et importance du passage du principe actif dans
la circulation générale



