Contribution économique de la pêche récréative en mer (volet 2/2)
Ce deuxième volet de l’article publié dans le Pêche Plaisance de mars 2025 a pour objectif d’analyser et de valoriser la contribution économique de la pêche récréative en mer non seulement sur le plan monétaire, mais aussi sur les plans social et sociétal. Nous aborderons les méthodes d’évaluation de la contribution économique de la Pêche récréative en mer (PRM) et décrirons la notion de Valeur économique totale (VET) en nous référant à diverses méthodes d’analyse visant à prendre en compte les bénéfices sociaux de la pêche récréative en mer, et les quantifier sur le plan monétaire.
Comparaison de la contribution de la pêche commerciale et de la pêche récréative en mer aux économies régionales en Europe
Une approche « entrées-sorties » appliquée aux Asturies (Nord-Ouest de l’Espagne)(García-de-la-Fuente et al. 2020)
Les études ayant évalué la contribution économique de la PRM en appliquant les modèles d’analyse de type « entrées-sorties » sont rares et non exemptes de fautes méthodologiques qui grèvent la valeur de leurs résultats. Pour répondre à ces lacunes, Laura Garcia-de-la-Fuente a utilisé une méthodologie rigoureuse qui est un modèle à suivre.
L’Espagne, pour sa part, connait sa population de pêcheurs de loisir en mer via une carte de pêche annuelle obligatoire qui décline les diverses pratiques (pêche en mer d’un bateau, pêche du rivage - à la ligne du rivage et/ou récolte de coquillages - ou pêche sous-marine). Il est alors facile de sélectionner un échantillon aléatoire de pêcheurs de loisir parmi cette population source. Rappelons à cet égard que nous sommes favorables pour notre part, non pas à un permis, mais bien à une déclaration annuelle du pêcheur associée à une charte de comportement et permettant d’identifier aussi les différents types de pratiques en donnant demain ces mêmes informations en France.
Fin 2010, s’agissant de chiffres disponibles à la base de cette étude, la population des Asturies (Espagne) était de 1 076 000 habitants. 76 496 cartes de pêche avaient été délivrées dont 87 % (66 656) à des résidents des Asturies. Ceci correspond à un taux de participation à la pêche de la population de 6,20 % dans cette région d’Espagne, ce qui est élevé. La répartition était respectivement de 93 % pour la pêche du rivage, 3,5 % pour la pêche en bateau et 3,5 % pour la pêche sous-marine.
Pour recueillir les données relatives aux dépenses engagées par les Pêcheurs récréatifs en mer (PRMs) des Asturies, les auteurs ont procédé à une enquête par entretiens et par questionnaires envoyés par courrier à un échantillon aléatoire et stratifié par modalité de pêche.
Les questionnaires comportaient différentes sections sur les profils sociaux des pêcheurs, les caractéristiques de leur activité de pêche récréative (du bateau, sous-marine et du rivage, y compris les pratiques et l’effort de pêche), plus les dépenses liées à la pêche. D’autres questions plus spécifiques portaient sur les modalités de pêche (informations spatiales et sur la récolte de coquillages pour les pêcheurs du rivage, informations nautiques pour les propriétaires de bateaux, etc.).
-* Recueil des dépenses engagées par les pêcheurs récréatifs en mer
Afin d’estimer l’impact économique des dépenses liées à la pêche récréative dans une région, il est nécessaire de construire le vecteur « y » de la demande qui correspond aux dépenses engagées par les PRMs ; ensuite d’établir la correspondance entre les catégories de dépenses engagées et celles des industries formelles incluses dans le modèle des « entrées-sorties » des comptes régionaux.
Ce sont les PRMs utilisant leur propre bateau exclusivement pour pêcher qui enregistraient les plus fortes dépenses (3 545 €/an),
dont 68 % étaient liées aux coûts d’entretien du bateau. À l’autre extrémité, les pêcheurs du bord ou les pratiquants de la pêche sous-marine à partir du rivage sans bateau et qui ont dépensé 694 € et 498 € respectivement (Fig.1).
-* Données globales de la pêche récréative en mer en Asturies
Les dépenses totales engagées par les pêcheurs récréatifs en mer licenciés, exprimées aux prix d’achat, ont été estimées à 53,4 millions d’euros en 2010.
-
- 15,3 % (8,2 millions d’euros) correspondaient à des dépenses liées à la possession de bateaux basés en Asturies pour la pêche récréative.
- La plus grande part (45,2 millions d’euros) a été attribuée aux dépenses personnelles et liées à la pêche, dont 11,6 millions d’euros pour les déplacements vers les sites de pêche et 9,9 millions d’euros pour l’achat d’équipement de pêche, de vêtements et de matériel, les frais de nourriture et d’hébergement pendant les journées de pêche.
La pêche depuis le rivage a été l’activité avec le plus grand poids économique, générant 41 millions d’euros.
Les résultats ont également confirmé que l’activité liée à la PRM dans les Asturies stimulait principalement la consommation domestique et les entreprises régionales ; seulement 9 % de la valeur des achats représentait des importations.
Le vecteur « y » de la demande de la PRM s’est concentré sur trois secteurs industriels principaux : le commerce de détail (20 % des dépenses), les autres industries (20 % des dépenses) et les industries pétrolières (18 % des dépenses).
-* Contribution économique comparative de la pêche récréative en mer et de la pêche commerciale en mer dans les Asturies
La contribution économique de la PRM ne se limite pas aux dépenses totales engagées par les pêcheurs. Les effets indirects sont aussi à prendre en compte, à savoir les répercussions économiques en cascade de ces dépenses sur d’autres secteurs de l’économie. C’est ce que la méthode d’analyse des « entrées-sorties » liées à la demande développée par l’économiste Wassily Leontief (Leontief 1936) permet de faire.
La contribution totale des PRMs des résidents à la production finale régionale (effets directs et indirects) a été estimée à 48,4 millions d’euros (48,4 M€) soit un effet multiplicateur de 1,38 sur les 35,2 millions d’euros de la consommation des PRMs (Fig. 2). La Valeur ajoutée brute (VAB) générée a été de 22 M€. Elle a permis de créer 570 emplois (incluant les indépendants) (Fig. 2). C’est la pêche depuis le rivage (ligne + coquillages) qui est le principal moteur de cette contribution totale. Elle est à l’origine de 77 % de la VAB de la production finale et de 80 % de l’emploi lié aux PRMs.
-* Par comparaison, la Pêche commerciale en mer (PCM) a permis une consommation finale des ménages en produits de la mer de 35 M€, donc comparable à la contribution finale de la PRM. Elle a généré une VAB de 26,6 M€, supérieure de 20 % à celle de la PRM, et 906 emplois contre 570 pour la PRM (Fig.2).
Même avec une consommation finale plus faible (16,8 M€), la pêche commerciale en mer de type artisanal (PCMA) génère 488 emplois, soit presque autant que la PRM. L’effet global et cumulé de la PRM et de la PCM a donc généré en 2010 en Asturies une valeur ajoutée brute totale de 48,8 M€ (0,25 % du revenu régional) ; une production finale totale : 93,4 M€ (0,23 % du total régional) ; la création de 1 476 emplois temps-plein (0,38 % de l’emploi régional). C’est donc une contribution économique notable à l’économie des Asturies.
La pêche récréative comme la pêche commerciale devraient donc être considérées comme des industries complémentaires, à examiner de manière conjointe et intégrée, non seulement comme des concurrentes pour les ressources et l’espace côtier, mais aussi comme des piliers des économies maritimes.
Évaluation de la Valeur économique totale de la pêche récréative en mer
Contrairement à l’analyse d’impact économique précédente, la valeur économique totale repose sur le principe selon lequel la valeur d’un bien ou d’un service découle de ce que les individus sont prêts à sacrifier pour l’obtenir ou pour éviter sa perte. La valeur économique découle donc des goûts, des préférences et des désirs des consommateurs, exprimés à travers leur Disposition à payer (DAP) (Gislason 2013). La DAP est la mesure monétaire de cette volonté de faire des compromis. Il existe aussi la disposition à accepter une compensation pour renoncer à un bénéfice ou tolérer une perte. Ces concepts permettent d’exprimer en argent les préférences individuelles pour différents usages des ressources.
En pratique, les valeurs individuelles doivent être agrégées pour fournir une estimation monétaire collective de la préférence sociale pour un usage des ressources (Eftec 2015).
La portée de la valeur économique totale est donc plus large que celle de l’analyse de l’impact économique. Elle inclut non seulement les valeurs de marché (les prix) mais aussi des valeurs non-marchandes, comme :
- le plaisir de profiter d’un paysage (valeur d’usage directe) ;
- la possibilité d’en profiter dans le futur (valeur d’option) ;
- la satisfaction que d’autres en bénéficient (valeur d’altruisme) ;
- la préservation pour les générations futures (valeur de legs) ;
- la simple existence d’un bien (valeur d’existence).
Ces dernières sont regroupées sous le terme de valeurs de non-usage.
La force d’une préférence est mesurée par la DAP : plus un individu valorise un bien, plus il est prêt à payer pour l’obtenir ou éviter de le perdre. Ce raisonnement s’applique aussi bien aux biens marchands qu’aux biens non marchands (comme un écosystème).
Cela ne signifie pas que la valeur économique totale soit meilleure que l’analyse de l’impact économique : ce sont deux méthodes complémentaires, fondées sur des hypothèses différentes. La première s’intéresse au bien-être global ; la seconde est adaptée à l’analyse de l’emploi et des revenus.
Si l’évaluation des biens et des services marchands ne pose pas de difficulté majeure puisqu’ils ont une valeur monétaire liée au marché, la pêche récréative en mer comporte de nombreux attributs de valeur non marchande qui ne sont pas directement valorisables.
Les économistes ont développé plusieurs méthodes pour estimer la valeur sociale des biens et services qui ne sont pas échangés sur les marchés. Celles-ci peuvent être globalement réparties en trois catégories : méthodes basées sur les coûts ; méthodes basées sur les préférences révélées ; méthodes basées sur les préférences déclarées.
La complexité des méthodes d’analyse explique en partie la rareté des études de ce type.
-* 1er exemple : valeur de la pêche récréative en Suède
(Carlén et al. 2021)
En 2017, environ 1,4 million de Suédois âgés de 16 à 80 ans (soit 18 % de la population de cette tranche d’âge) ont pratiqué la pêche récréative à un moment donné de l’année. Ils ont pêché en moyenne pendant neuf jours au cours de l’année, avec une prise totale de 11 kg de poissons par pêcheur, soit environ 16 000 tonnes de poisson. Ils ont dépensé une moyenne de 170 €. Malgré l’ampleur de la pêche récréative en Suède, la connaissance des déterminants de sa valeur sociale reste faible.
Pour améliorer cette connaissance, Carlen et al. ont utilisé les données de 2019 recueillies par l’enquête nationale suédoise sur la pêche récréative (eaux intérieures et mer). Ils se sont appuyés sur une analyse économique pour évaluer la demande (vecteur « y » qui correspond ici aux dépenses engagées par les pêcheurs récréatifs en mer). Mais comme certains biens (qualité des sites de pêche, existence du bien, possibilité d’en profiter dans le futur, etc.) sont des valeurs non-marchandes, ils ont utilisé la méthode des coûts du voyage pour les valoriser. À partir de là, ils ont exprimé le nombre de jours de pêche que les pêcheurs récréatifs souhaitaient pratiquer en fonction d’un critère qui reflète la différence entre ce que les pêcheurs étaient prêts à payer pour une sortie et ce qu’ils ont réellement payé.
On appelle cette grandeur le surplus ou excédent du consommateur. C’est une mesure du « bénéfice » ou de la « satisfaction » qu’un consommateur retire de l’usage d’un bien ou d’un service, au-delà de ce qu’il dépense.
-* Les messages clés de cette étude sont :
-
- La pêche récréative a une valeur économique significative en Suède
- En 2013, les Suédois ont pêché environ 15,6 millions de jours, avec des dépenses totales pondérées estimées à 813 millions €, soit environ 52 € par jour de pêche.
- Le surplus du consommateur (c’est-à-dire les bénéfices ressentis au-delà du coût) a été estimé à 275 millions €, soit environ 18,5 € par jour de pêche.
- La valeur de la pêche varie selon la saison et la région
- Le surplus du consommateur était le plus élevé en été (jusqu’à 90 €/jour) et dans les zones côtières et marines.
- Cela reflète la forte préférence des pêcheurs pour la pêche estivale et marine.
- Les pêcheurs sont prêts à payer pour une meilleure qualité de pêche
- Une augmentation des prises attendues accroît la demande (nombre de jours de pêche) et le surplus du consommateur (6,51 €/kg/j). Cela souligne l’importance de l’abondance des poissons et de la qualité des sites pour les pêcheurs. L’augmentation des prises attendues, et du surplus économique qui lui est lié, sont des arguments à prendre en compte. En Suède, la mise en place de deux zones de non-prélèvement temporaires dans une zone de la cote marine touchant la mer Baltique pour deux espèces sensibles a montré que :
- Ces mesures ont permis de restaurer les stocks de poissons de manière significative (jusqu’à onze fois plus dans certaines zones).
- Ces mesures ont pu aussi accroître la valeur de la pêche récréative grâce à une hausse des prises attendues, renforçant ainsi l’intérêt d’une gestion durable.
- La pêche récréative a une valeur économique significative en Suède
Au total, cette étude illustre bien l’intérêt de l’approche par l’évaluation économique totale pour comprendre le bénéfice socio-économique de la pêche récréative. En identifiant les facteurs associés aux préférences des pêcheurs et en valorisant les préférences non marchandes, elle apporte une aide à la décision publique pour la définition des politiques de gestion des pêches.
-* 2e exemple : impact de l’application aux pêcheurs récréatifs en mer de Grande-Bretagne de la politique de gestion de la pêche du bar et de la morue appliquée aux pêcheurs professionnels. Utilisation de la méthode des choix discrets (Andrews et al. 2021)
Les motivations des pêcheurs récréatifs en mer vont au-delà de la capture, avec une large diversité de raisons liées à la santé physique et au bien-être. La diversité des motivations et la popularité des pratiques de remise à l’eau rendent l’application des objectifs de gestion de la pêche commerciale (comme le rendement maximal durable) aux pêches récréatives potentiellement problématique, car cela pourrait entraîner une baisse de la participation, une augmentation des infractions, et une perte subséquente des valeurs marchandes et non marchandes générées par les activités de pêche récréative. Ainsi, l’évaluation des préférences des pêcheurs récréatifs en matière de gestion de la pêche est importante à connaître pour développer des stratégies de gestion appropriées.
La disposition à payer des pêcheurs pour la capture et la conservation des poissons, ainsi que pour leur capture et leur remise à l’eau, a été estimée pour deux espèces couramment ciblées en Grande-Bretagne en raison de mesures de gestion : la morue de l’Atlantique Nord (Gadus morhua) et le bar européen (Dicentrarchus labrax). L’enquête a été diffusée à plus de 17 000 pêcheurs récréatifs en mer. Le questionnaire comportait sept sections dont une présentée sous la forme d’une carte de choix (Fig. 3). Dans chaque carte de choix, les répondants devaient comparer deux scénarios de sortie en mer décrits à l’aide de sept attributs, face à une troisième option : faire autre chose. Cette option de non-participation a permis de ne pas choisir de scénario que les répondants jugeraient tous défavorables.
Veuillez comparer la sortie A, la sortie B et la sortie C dans le tableau ci-dessous avant de décider lequel vous préféreriez faire. Si les sortie A et B ne vous conviennent pas, veuillez choisir la sortie C. Veuillez comparer uniquement ces trois options de sortie et baser votre décision uniquement sur les caractéristiques spécifiées dans le tableau ci-dessous.
Ce sont des scénarios hypothétiques qui ne reflètent pas forcément les conditions actuelles. Imaginez que ce sont les seules options disponibles pour vous et rappelez-vous qu’une sortie vous coûterait le montant indiqué et que vous ne pourriez pas acheter d’autres articles. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse, mais il est important que vos réponses reflètent ce que vous feriez réellement.
Pour exprimer en termes économiques les compromis faits par les participants pour une des deux sorties proposées, chaque choix devait avoir un coût associé pour quantifier les préférences des pêcheurs. Il a été matérialisé sous la forme d’un don annuel à un fonds de développement de la pêche de loisir. Ce don représentait la disposition à payer des pêcheurs en fonction des caractéristiques du scénario choisi. Il était totalement indépendant des dépenses engendrées par la sortie en mer (Fig. 3).
Puis, à partir des huit-cent-cinq questionnaires complets recueillis, les auteurs ont calculé la disposition à payer totale pour chacun des scénarios présentés. Cette DAP est l’expression monétaire de la préférence des pêcheurs récréatifs pour une situation de pêche (Fig. 4).
La proportion de pêcheurs ayant une préférence pour le maintien de la réglementation en cours au moment de l’enquête s’élevait à 40 % pour le bar et à 41 % pour la morue.
Les pêcheurs de morue comme les pêcheurs de bar ont exprimé des préférences de plus en plus positives pour la capture et la conservation, ainsi que pour la capture et la remise à l’eau, d’un nombre croissant de bars, de morues et d’autres espèces ; ce qui est conforme aux attentes habituelles.
Traduit en disposition à payer, on estime que, pour une sortie où un seul bar ou une seule morue est capturé(e) et conservé(e), les répondants étaient prêts à payer respectivement 31 £ (soit 36 €) et 28 £ (soit 33 €) (Fig. 4). Pour le bar, cette valeur n’augmentait que d’environ 3 £ (soit 3,5 €) lorsqu’ils conservaient deux poissons, la valeur diminuait pour un troisième poisson capturé et conservé (par rapport au deuxième).
La disposition à payer pour la capture et la conservation d’un bar était près de trois fois plus élevée que celle pour la capture et la remise à l’eau d’un bar non maillé (36 € vs 13 €).
Le pêcheur moyen valorise davantage la capture et la remise à l’eau des bars à cause de la limite de capture que celle des bars relâchés en raison de la taille minimale, probablement en raison de la présomption que les poissons relâchés en raison de la limite de capture sont de taille légale. Ainsi, La DAP pour la capture et la remise à l’eau liée à la limite de capture était inférieure à 2,5 fois celle pour la capture et la conservation du bar. L’écart entre le premier et le deuxième bar relâché en raison de la taille minimale n’était que de 4 £ (soit 4,7 €), tandis que l’écart pour la capture et la remise à l’eau du premier et du deuxième bar en raison de la limite de capture était de 11 £ (soit 12,8 €).
En conclusion, les résultats de cette étude apportent un aperçu des préférences des pêcheurs récréatifs en mer pour les mesures de gestion au Royaume-Uni au moment de l’enquête (quotas de capture et tailles minimales de débarquement). Ils fournissent également des informations utiles pour évaluer l’effet potentiel de la mise en œuvre de différentes mesures de gestion sur la valeur créée par la pêche en mer. Cela permettrait ainsi d’effectuer une analyse des compromis fondée sur des données probantes entre le maintien des stocks de cabillaud et de bar à des niveaux spécifiques et la valeur que ces poissons créent pour les pêcheurs en mer, valeur qui pourrait être gagnée ou perdue en introduisant différentes mesures de gestion.
Conclusion
En s’appuyant sur deux grandes approches complémentaires : l’analyse d’impact économique via la méthode « entrées-sorties », et l’évaluation de la valeur économique totale fondée sur la disposition à payer, nous avons abordé les méthodes d’évaluation de la contribution économique de la pêche récréative en mer.
L’analyse de l’impact économique par la méthode « entrées-sorties » offre un bénéfice essentiel : elle permet de quantifier les effets directs et indirects des dépenses des pêcheurs sur l’économie régionale. En mobilisant des données tangibles comme les dépenses réelles des pêcheurs (équipement, déplacements, hébergement), elle mesure avec rigueur la production finale, la valeur ajoutée et l’emploi généré dans une région donnée. Cette approche est particulièrement adaptée pour évaluer le poids économique de la pêche récréative dans les comptes nationaux ou régionaux, et pour comparer de manière concrète sa contribution avec celle d’autres secteurs, comme la pêche commerciale.
L’analyse de la valeur économique totale, quant à elle, élargit considérablement le champ de l’évaluation en intégrant les valeurs non marchandes associées à la pêche récréative : le plaisir de l’activité, la préservation du patrimoine naturel, la satisfaction altruiste, et les valeurs de transmission aux générations futures. En utilisant des méthodes basées sur la disposition à payer (comme les coûts de voyage ou les choix discrets), elle mesure le bien-être global apporté par l’activité, bien au-delà des seules dépenses financières. Elle est essentielle pour éclairer les décisions publiques en intégrant les bénéfices sociaux et environnementaux que ne saisissent pas les analyses économiques classiques.
En combinant ces deux approches, nous montrons qu’une évaluation complète de la pêche récréative en mer doit tenir compte à la fois de ses retombées économiques concrètes mais aussi de son rôle fondamental dans la satisfaction sociale et la préservation environnementale.
Notre recherche bibliographique n’a pas permis malheureusement d’identifier de publication scientifique française rigoureuse ayant abordé ces deux types d’analyses. C’est regrettable. Il faut espérer que l’obligation pour 2026 de déclaration annuelle de tout pêcheur récréatif en mer, si elle est bien mise en place sous la forme soutenue par la FNPP et la Confédération Mer & Liberté, permette d’avoir accès à la population des pêcheurs de loisir pour construire de telles études riches d’enseignements, en particulier pour accompagner les politiques de gestion de la pêche en mer.
Luc Martinez, Annick Danis, Alain Scriban
Références [1]
[1] Andrews B, Ferrini S, Muench A, Brown A, Hyder K. Assessing the impact of management on sea anglers in the UK using choice experiments. Journal of Environmental Management. 1 sept 2021 ;293:112831.
Carlén O, Bostedt G, Brännlund R, Persson L. The value of recreational fishing in Sweden – Estimates based on a nationwide survey. Fisheries Management and Ecology. 2021 ;28(4):351-61.
eftec. Comparing Industry Sector Vlues, with a Case Study of commercial fishing and Recreational Sea Angling. [Internet]. 2015. Disponible ici.
García-de-la-Fuente L, García-Flórez L, Fernández-Rueda MP, Alcázar-Álvarez J, Colina-Vuelta A, Fernández-Vázquez E, et al. Comparing the contribution of commercial and recreational marine fishing to regional economies in Europe. An Input-Output approach applied to Asturias (Northwest Spain). Marine Policy. 1 août 2020 ;118:104024.
Gislason G. Economic Valuation of Commercial and Recreational Fisheries – A Framework [Internet]. ASC 2013 - Theme session R ; 2013. Disponible ici.
Leontief WW. Quantitative Input and Output Relations in the Economic Systems of the United States. The Review of Economics and Statistics. 1936 ;18(3):105-25.













