Et si nous parlions un peu de prospective ?

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Et si nous parlions un peu de prospective ?

Dans les dix prochaines années, certains écueils risquent d’émerger pour notre activité favorite. Tout comme le monde agricole, le monde de la pêche, notamment la pêche de loisir, est en constante adaptation en raison de facteurs environnementaux, réglementaires, économiques et sociaux de plus en plus interdépendants et allant croissant.

Le risque de dégradation des écosystèmes marins et l’écologie marine

Bien que la pêche de loisir ait un impact moindre que la pêche professionnelle sur les écosystèmes marins, elle semble contribuer dans l’esprit du citoyen à la pression sur certains écosystèmes.
Cette idée est habilement relayée par certaines entités souvent extrémistes et fait partie également de la sphère d’hypocrisie qui entoure les jugements portés par certains de nos détracteurs, tant de la profession qu’au sein de l’univers de l’administration, ou encore de la politique. Pour autant, la pêche de loisir subit elle-même cette pression, notamment sur les espèces dites nobles. Si les stocks de poissons continuent de diminuer, cela pourrait rendre la pêche de loisir plus difficile avec des réglementations encore plus strictes.

Alors, comment faire pour concilier les intérêts économiques de la pêche professionnelle et la préservation de notre loisir, proportionnellement de pression infime sur les stocks ?

Un bref survol de la presse spécialisée illustre que les prises sont plus nombreuses et plus attractives lorsque la qualité des habitats marins est préservée. Les zones côtières et les « basses » sont à préserver impérativement.
Des récifs artificiels de tétrapodes en béton ou matériau neutre écologiquement pourraient être créés également. L’expérience de « nurseries », telles que réalisées par l’association des plaisanciers d’Étel pour les seiches, pourrait être approfondie.
L’implication de nos associations de pêcheurs dans les communes de résidence, au sein de collectifs environnementaux, constitue également souvent déjà une plus-value, et le pourrait encore plus dans le cadre d’un dialogue renforcé, afin d’éviter de se faire imposer des contraintes mal pensées, et participer au débat sur la protection de l’environnement marin. Trop souvent s’accumulent de nouvelles contraintes aux anciennes contraintes sorties de leur contexte, au lieu de prendre du recul pour ajuster des solutions cohérentes et bien comprises.

La création de Zones marines protégées et de parcs marins constitue une piste intéressante, mais ce sont les modalités de leur accès et la règlementation afférente qui doit faire l’objet de concertations et de propositions cohérentes, validées par tous les acteurs, gestionnaires comme utilisateurs.

Au niveau fédéral, notre action responsable doit se poursuivre à l’identique en pénétrant les structures consultatives et en proposant des solutions réalistes, non contraignantes pour notre activité, tout en protégeant l’environnement, et en recherchant un soutien politique à notre action, pour être mieux compris et respectés. N’oublions pas que notre loisir représente un espace de liberté hérité de la Révolution française.
Dans un deuxième temps, les conditions réglementaires devraient pouvoir s’adapter « en conduite » au lieu d’être fixées arbitrairement hors des réalités du terrain et de l’expérience ou plus rarement scientifiquement pour plusieurs années. Les quotas notamment, devraient pouvoir être revus plus souvent. Par ailleurs, les conditions calendaires actuellement imposées devraient voir une adaptation tout comme les conditions de relâche de poissons pris inopinément. Cette condition existe pour la pêche professionnelle lors de captures dites accidentelles. L’exemple le plus flagrant concerne le lieu jaune. Est-il logique de relâcher un lieu pris en avril par 60 m de fond et soumis à un véritable accident de décompression déjà fatal en arrivant à la surface ? Les contraintes devraient être les mêmes pour tous, comme le respect des périodes de repos biologiques.

La somme des réglementations actuelles impacte déjà beaucoup l’exercice de la pêche de loisir. Souhaitons que de nouvelles contraintes ne s’y ajoutent pas au nom d’une écologie punitive.

Le changement climatique

Le réchauffement des océans et les changements dans les courants marins pourraient déplacer les populations de poissons vers de nouvelles zones, rendant certaines zones moins attractives et potentiellement favorables aux espèces invasives. On le constate déjà dans certaines zones. Les événements météorologiques extrêmes, comme les tempêtes, pourraient également limiter plus souvent les jours propices à la pêche. Sans aller jusqu’à ces extrémités, il est notable que les flux d’Ouest sont plus soutenus dorénavant, et que la saison 2024 n’a pas été très favorable à la pêche à soutenir sur la façade Atlantique.

L’acidification des eaux [1] pourrait également affecter la santé des écosystèmes marins, entraînant une réduction des populations de poissons et une altération des chaînes alimentaires, ce qui rendrait la pêche de loisir plus difficile.

Les pressions économiques

Le coût des équipements de pêche, des bateaux, du carburant, augmente régulièrement, rendant l’accès à notre passion plus onéreuse.

Sur tout le littoral, la pêche de loisir est une source très importante de revenus pour les collectivités locales tout comme pour les professionnels de la plaisance et de vente de matériel. Des réglementations plus strictes ou des conditions environnementales défavorables pourraient nuire à ces économies locales.

Les zones potentielles de friction

L’augmentation du nombre d’autres usagers de l’espace maritime, comme les parcs éoliens, l’aquaculture et le tourisme côtier pourrait réduire notre espace de liberté et l’accès aux zones de pêche et créer des conflits entre les différents utilisateurs. L’exemple des difficultés d’accès aux parcs éoliens et la réglementation contraignante de certains parcs marins en sont les premières illustrations.
Les sources de tensions entre pêcheurs professionnels et de loisir pourraient s’intensifier, si les ressources halieutiques continuent de diminuer, chacun cherchant à défendre ses intérêts économiques ou de loisir.
Les pressions des décisions européennes – où la France y participe dans leur majorité – mais aussi au niveau national semblent aller croissantes, et sont de moins en moins acceptées par les pêcheurs de loisir car souvent mal expliquées ou justifiées.

Une attention particulière devra être portée à ce point sous peine de voir des comportements radicaux se substituer à la générale bonhomie de notre communauté.

Le champ des perceptions sociétales

La pêche de loisir pourrait être de plus en plus critiquée pour des raisons éthiques, notamment en ce qui concerne le bien-être animal et les pratiques comme le « No-kill ». La sensibilisation croissante à ces enjeux pourrait entraîner une stigmatisation de notre communauté et influencer les réglementations.

Certains groupes de défense de l’environnement, parfois sur base d’approche même dogmatique, pourraient intensifier leurs campagnes contre certaines des pratiques qu’ils jugent nuisibles, poussant les décideurs à imposer des restrictions supplémentaires sans pour autant de réelles justifications scientifiques.

La technologie et le numérique

L’utilisation accrue de technologies pour surveiller les activités de pêche, comme les drones, déjà employées par les administrations, les systèmes GPS et les applications de suivi des prises, pourrait entraîner une surveillance plus stricte et contraignante des pêcheurs de loisir, augmentant les risques d’amendes et de sanctions pour non-respect des réglementations.

Le foisonnement des règles et leur complexité croissante, associées à une surveillance plus stricte, pourraient décourager certains pêcheurs de loisir, notamment ceux plus occasionnels.
La problématique de cette complexité s’illustre d’ores et déjà par la confusion au sein même des services de contrôle qui a régné dans certaines zones jusqu’à ces derniers jours sur l’interdiction, puis l’autorisation différenciée, et finalement la confirmation de l’autorisation globale de la pêche du chinchard. Cette difficulté se ressent y compris dans les rangs des fonctionnaires chargés de faire respecter la règlementation.

La décarbonation des moteurs constitue également un enjeu technologique de taille. De nombreuses pistes semblent se faire jour comme le tout électrique ou bien l’hydrogène. Si ces pistes semblent être plus du domaine de la pêche professionnelle, leur déclinaison au niveau de la pêche de loisir semble inéluctable à terme.

Conclusion

La pêche de loisir fait déjà face, mais le pourrait plus encore, à de plus nombreux défis dans les années à venir, liés à des changements environnementaux, à des régulations plus strictes et complexes, et à des pressions économiques et sociales croissantes.
Pour surmonter ces écueils, il est crucial de conserver un comportement responsable, rigoureux et vertueux, de démontrer notre dynamique comportementale écologique, mais aussi d’adopter une attitude ferme face à nos détracteurs pour être systématiquement présents dans le dialogue, respectés.

Il est également nécessaire de sensibiliser le monde politique tout comme l’opinion publique sur la réalité vraie de nos activités avec une meilleure prise en compte des efforts déjà importants
de tous les membres de nos associations au sein de la FNPP et des fédérations rassemblées au sein de la Confédération Mer et Liberté.

Patrick Zimmermann
vice-président Bretagne sud

[1] Pernet F. et Gazeau, F., L’acidification des océans, Quels Effets ? Quelles Solutions  ? Éditions Quæ.