Histoire de dix maquereaux
Dix maquereaux/jour/personne : un combat de haute lutte et un engagement durant trois mois de la FNPP… et aussi grâce au vôtre et à nombre d’élus.
Bien sûr, il y en aura toujours pour dire que ce n’est pas assez… Un verre à moitié vide, pour d’autres à moitié plein. Pour quelques rares, « Y’avait qu’à demander soixante, on aurait eu trente ! »… Par un simple effet de manche sans doute… ? Et pourtant, dans le contexte actuel, c’est bien une victoire sous le leadership de la FNPP que d’avoir pu faire bouger les lignes de cette façon en obligeant les Autorités à revenir finalement sur une décision au départ désastreuse.
Votre fédération, par son engagement et son action engagée sans relâche durant trois mois, tous bénévoles en son sein et pêcheurs connaissant tout autant les réalités du terrain, a été le moteur avec la CML de ce mouvement pour défendre les intérêts des pêcheurs en mer de loisir et sportif. Elle a marqué dès le premier instant, puis sans relâche, sa ferme opposition en restant toujours au contact des Autorités, non seulement en mobilisant élus et politiques influant auprès des pouvoirs de décision, mais aussi en avançant des arguments crédibles contribuant à sortir de l’impasse pour parvenir à un résultat équilibré et acceptable au vu des circonstances.
Cette approche concrète est en total contraste avec celles toujours illusoires de certains collectifs toujours portés à l’agitation et au dénigrement, ne faisant qu’attiser illusions et ressentiments sans jamais apporter de solutions ou être au contact des décideurs : une attitude qui, en définitive, dessert et décrédibilise considérablement l’image des pêcheurs de loisir. Heureusement, au travers des commentaires et des réactions, la grande majorité a démontré savoir rester raisonnables tout en étant des pêcheurs responsables. Mille mercis donc à tous ceux, nombreux, d’entre vous qui avez tenu à marquer aussi votre soutien et votre satisfaction.
Tout au long de cette bataille, il n’a fallu avoir de cesse de rappeler que la pêche en mer de loisir et sportive est une activité populaire, profondément ancrée dans la culture et les traditions ; qu’elle transcende les différences sociales et générationnelles ; et que, plus que toute autre espèce, le maquereau reste une espèce emblématique pour les plaisanciers, toutes catégories sociales confondues. Nous tous sommes des passionnés et curieux, jeunes et anciens, citadins et ruraux, ne pêchant que quelques kilos pour une moyenne de six à dix sorties par an selon le Ciem, sans compter le partage d’expériences et de savoirs qui renforce le lien entre l’homme et la mer au plus près des réalités et de la nature, tous engagés de façon responsable dans une démarche environnementale. Et de rappeler que c’est aussi toute une filière économique de fabricants et détaillants impliquant plus de 4 milliards d’euros.
L’énergie investie n’a donc jamais été guidée par l’idée stupide de « restreindre pour restreindre ou pour satisfaire le ministère de l’écologie », mais bien par la constante volonté de défendre nos intérêts à tous et de convaincre les Autorités de revenir sur une décision inacceptable.
Malgré une frustration légitime, faire bouger les lignes ne pouvait se faire pourtant que sur des bases réalistes tenant compte du contexte. Même en tirant au maximum possible les arguments nous permettant de justifier le maintien de cette pêche emblématique familiale à un niveau optimal raisonnable, pour tout pêcheur responsable soucieux de l’état de la ressource, force est de savoir tenir compte d’autres contraintes interdisant de laisser croire aux illusions dans un contexte plus que tendu et tout en préservant une crédibilité institutionnelle.
Même compréhensibles, tant l’émotion suscitée a été importante, ni la critique émotionnelle, ni des arguments ou demandes d’évidence hors d’atteinte perdus d’avance n’auront donné raison aux plaisanciers. Au contraire, tout en donnant des arguments de non-responsabilité à notre encontre du fait de leur excès et la non-prise en compte de la mesure de la crise, il a fallu rester ambitieux mais crédibles sur la base d’un panier de consommation familiale raisonnable conforté si possible par des données scientifiques.
Un rappel de quelques simples faits
- Depuis plusieurs années, la ressource s’est progressivement déplacée vers le nord avec le réchauffement climatique. Certains pays du nord (Norvège, Islande, Royaume-Uni en particulier), mais aussi des navires usines, ont de facto prélevé au-delà des limites : constat sans appel : 70 % de la ressource en moins fin 2025 !
- Le point de départ a été l’interdiction totale de la pêche du maquereau pour la plaisance qui nous a été opposée mi-décembre par les services lors du groupe de travail dans le cadre du Conseil national de la mer et des littoraux (CNML), avec le soutien de la ministre.
- Notre première réaction fut évidente : demander que les Autorités se tournent en priorité et avec courage vers les vraies causes et les vrais responsables cités précédemment.
- D’évidence, la pêche en mer de loisir n’étant pas à l’origine de cette baisse et ne contribuant que pour une part marginale aux prélèvements, elle n’a pas à être une fois de plus la variable d’ajustement de cette situation et de façon aussi violente.
- Dès cet instant, la réaction FNPP tout particulièrement, au nom aussi de la Confédération Mer et Liberté (CML), a donc été immédiate, soutenue et vigoureuse. Elle a aussi été de mobilisation progressive et stratégique durant trois mois via tous les cercles de décision et d’influence possibles, que ce soit avec et auprès des partenaires du groupe de concertation, de la DGAMPA, d’élus et auprès de la ministre directement.
Il convient de souligner l’exceptionnel engagement sur cette cause, du sénateur Alain Cadec, co-président du groupe de concertation et ancien parlementaire européen expérimenté ayant présidé la commission pêche à ce niveau. Ses nombreuses interventions au contact direct des services, des autres partenaires ayant accès la ressource, et surtout de la ministre et du gouvernement, ont beaucoup contribué à résoudre cette crise.
Cet engagement conjoint et le travail intense via les réseaux d’influence, ont d’abord permis de franchir une première étape en janvier par laquelle les Autorités sont revenues sur leur position d’interdiction totale pour la pêche de loisir. Néanmoins, ce premier pas en apparence positif, se voyait assorti d’une limitation inacceptable de cinq maquereaux par jour et par personne. La ministre, profondément convaincue du bien-fondé de sa décision, annonce alors par voie de presse sa décision, coupant court ainsi aux négociations.
La deuxième phase du combat
Même si la plaisance n’en est pas la cause, la forte réduction de la ressource à ce stade de la situation ne peut être ignorée, elle-même tout aussi difficile d’ailleurs pour une partie de la profession : si contribuer à une certaine maîtrise générale de la ressource conduit donc à regret à introduire un quota pour les plaisanciers, la condition absolue ne peut qu’être liée au maintien d’un prélèvement raisonnable type « assiette familiale », sans impact négatif scientifiquement à démontrer sur le stock.
- Bien sûr chacun a son idée de « l’assiette familiale » et trouvera des arguments pour illustrer sa propre cause. Les sondages ont pourtant montré qu’en situation habituelle « normale », un prélèvement individuel raisonnable d’environ douze à quinze maquereaux par personne et par sortie illustrait bien l’idée. Mais qu’en situation de restriction, dix maquereaux par jour et par personne était le seuil minimum restant encore dans l’idée « assiette familiale » ; sans oublier quelques voix s’étant exprimées dans la presse en soutenant que cinq n’était pas choquant.
- Seuil/quota par sortie ? mensuel ? annuel ? Ces idées ont bien sûr d’abord été testées en étudiant la possibilité d’une autre gestion que par jour/sortie. Mais pour cela, seul un système d’enregistrement en place, fiabilisé et appliqué par tous était d’évidence nécessaire comme les Autorités n’ont pas manqué de rétorquer. Or, avec RecFishing, on en est loin, 2026 étant une année de mise en place, de transition avec toutes les améliorations encore nécessaires du système et de l’application afin de couvrir les différentes configurations… sans compter un long chemin encore en termes d’acceptabilité par tous de la démarche, de compréhension des avantages potentiels, plus un État à l’écoute pour l’améliorer. Ne serait-ce pas bien justement par une telle application, optimisée et en régime de croisière, qu’il sera un jour possible d’accéder à ce genre de flexibilité tout en la combinant avec une gestion responsable des espèces sensibles, même – espérons-le – temporairement ?
Ce sont donc des heures, chaque jour, chaque semaine durant près de ces deux mois suivants qui ont été investies par l’équipe de la FNPP sur tous les fronts, relayée par nos amis de la CML et nombre d’entre vous via les associations, pour que cette décision soit remise en cause. Sans oublier le contexte soudainement et extrêmement compliqué par une actualité internationale pour le moins peu favorable à nos préoccupations et à nous entendre.
Le travail de plusieurs de nos membres compétents dans le domaine scientifique mobilisés a d’abord permis de développer de nouveaux arguments pour conforter de façon crédible la notion d’assiette familiale déjà défendue par plusieurs politiques aux alentours d’une dizaine, et ce, sans rejet des professionnels. Ce travail a d’abord permis de démontrer que l’on pouvait dépasser la limite maximale de sept par l’organe officiel de référence jusqu’alors avancée comme un maximum auprès des Autorités, en la portant justement au moins jusqu’à dix sans impact déraisonnable sur la ressource même dans l’état actuel.
Stratégie d’alerte et de mobilisation
Une stratégie d’alerte et de mobilisation, tous fronts confondus, a parallèlement été mise en place :
- lettre ouverte au Président de la République qui a fait part en retour de sa reconnaissance des enjeux de la plaisance et de sa sensibilité sur l’impact social de la mesure telle qu’envisagée ;
- information et réactions via les réseaux sociaux ;
- incitations à réagir avec près de huit-mille-cinq-cents réponses négatives à la consultation publique : du jamais vu ;
- confortée par les auditions que nous avions pu avoir à l’Assemblée nationale et au Sénat, mobilisation auprès de nombreux élus, qu’ils soient maires, tel Édouard Philippe et d’autres, ou députés tel Daniel Labaronne, président du groupe Chasse & Pêche, lui-même très réactif, et bien d’autres sur tout le littoral via nos associations, sénateurs tel Alain Cadec particulièrement investi pour faire évoluer la décision et jusqu’au président Gérard Larcher, lui-même pêcheur.
Toutes ces interventions, avec un suivi quotidien, ont convergé stratégiquement pour interpeller directement la ministre et très concrètement plusieurs membres du gouvernement, leur entourage puis le Premier ministre en personne.
Face à cette situation, avouant être impressionnée par cette capacité de mobilisation et les retours politiques provoqués, la ministre nous a convoqués en nous demandant de « libérer la pression ». Mais toujours fixée sur cinq, nous avons à nouveau opposé notre fermeté, forts à la fois du soutien des nombreux politiques, tout en mettant à nouveau en avant les vrais responsables et causes de la situation, les arguments d’impact mineur de la plaisance
y compris scientifiques, l’aspect emblématique et social de cette espèce, en plus de toutes les autres contraintes déjà lourdement imposées aux pêcheurs en mer de loisir et sportif, leur importance économique et électorale.
Parallèlement, sous cette pression comme celle d’une bonne partie du monde professionnel, la discussion sur le quota général a pu être réouverte à Bruxelles, réajusté, avec l’objectif demain de réagir contre les pays et catégories à l’origine de cette crise.
C’est donc bien par tout ce travail alliant fermeté et raison crédible dans les arguments avancés, tout en restant ferme mais dans la concertation, plus la mobilisation lors de la consultation publique et l’engagement actif en particulier du sénateur Alain Cadec avec d’autres élus, que les dernières oppositions aux bases d’un accord sur dix maquereaux, perçu vers la mi-février comme envisageable entre les principaux partenaires concernés, ont pu être surmontées pour en faire une décision définitive ; et ceci malgré les chiffres bien inférieurs toujours avancés par certains services.
Il faut ainsi remercier chacun d’entre vous d’avoir été les acteurs de la décision finale révisée du gouvernement, bien au-delà des limites fixées initialement par l’organisme de référence et la ministre, consolidant le travail de plusieurs mois pour parvenir au maintien de cette pêche tout en respectant l’idée d’un prélèvement individuel reflétant objectivement une consommation familiale encore raisonnable. Ceci sans compter, par sa démarche de dialogue mais de fermeté argumentée, la CML sous le leadership de la FNPP a consolidé sa position d’interlocuteur principal reconnu représentant les intérêts de la pêche en mer de loisir.
Merci à vous toutes et tous dans nos associations d’avoir contribué à ce résultat. Merci à celles et ceux qui se sont engagés à nos côtés.
La FNPP



