Concilier environnement et pêche des espèces sensibles comme le bar et le lieu... une gageure, vraiment ?
La pêche du bar (Dicentrarchus labrax) et du lieu jaune (Pollachius pollachius) est une activité importante tant pour les professionnels que pour les pêcheurs de loisir. Toutefois, la préservation de ces espèces repose sur une gestion écologique des ressources halieutiques, prenant en compte leur écosystème, leur cycle de vie et leur période de repos physiologique. La surexploitation et les changements environnementaux menacent ces poissons, nécessitant des mesures de protection confinant parfois à l’extrême, notamment pour les pêcheurs de loisir, et une sensibilisation accrue de tous.
L’écosystème du bar et du lieu jaune
Le bar et le lieu jaune sont des espèces emblématiques des côtes européennes, présentes principalement en Atlantique Nord-Est et en Manche. On retrouve le loup en Méditerranée, un peu différent tout de même car il semble que son génome soit similaire à celui du bar, mais à seulement 74 % [1]. Toutefois le vocable bar va embrasser le loup dans les lignes à suivre.
- Le bar préfère les zones côtières rocheuses, les estuaires et les eaux peu profondes, où il chasse principalement des petits poissons, crustacés et mollusques.
- Le lieu jaune est une espèce semi-pélagique, fréquentant les zones rocheuses et les fonds sableux jusqu’à 200 m de profondeur. Il se nourrit de petits poissons, ainsi que de crustacés.
Ces deux princes des mers jouent un rôle crucial dans la chaîne alimentaire marine et leur présence est un indicateur de la santé des écosystèmes marins.
Période de repos physiologique et reproduction
Les périodes de reproduction du bar et du lieu jaune sont essentielles à leur préservation et doivent être prises en compte dans la gestion des ressources.
- Le bar se reproduit en moyenne durant trois mois répartis entre décembre et avril selon les zones et la température de l’eau. Pendant cette période, il migre vers des zones plus profondes et forme des bancs pour frayer. Les femelles peuvent pondre jusqu’à plusieurs millions d’œufs qui éclosent en quelques jours.
- Le lieu jaune se reproduit variablement selon les zones entre janvier et avril, avec un pic commun en février-mars. Comme le bar, il se regroupe en bancs pour frayer et ses œufs sont pélagiques, se déplaçant avec les courants.
Durant ces périodes, la pêche professionnelle et de loisir pourrait être mieux réglementée pour ne pas perturber la reproduction, à commencer par identifier plus clairement les zones de frayères à protéger comme les périodes les plus sensibles, et permettre ainsi un renouvellement naturel des stocks.
Menaces et enjeux environnementaux
Les populations de bar et de lieu jaune sont menacées par plusieurs facteurs environnementaux et anthropiques [2] :
- la surexploitation : la pêche intensive par des bâtiments de bon tonnage avec des techniques redoutables, réduit évidemment les populations et contraint leur renouvellement ;
- la nature des engins utilisés en faisant plus place à la recherche et aux engins innovants plus sélectifs sur les espèces ;
- les changements climatiques : la hausse des températures marines et l’acidification des océans modifient les habitats et les ressources alimentaires des poissons ;
- la pollution : les déchets plastiques, les hydrocarbures et les produits chimiques altèrent la qualité de l’eau et impactent les cycles biologiques des espèces marines « fourrage » ;
- la destruction des habitats : l’urbanisation côtière, le dragage des fonds marins et la diminution des zones de frayères obèrent de façon non négligeable la reproduction des espèces.
Parallèle avec la gestion de la coquille Saint-Jacques
Un exemple de gestion réussie en matière de conservation marine est celui de la coquille Saint-Jacques [3]. Face à une surexploitation dans les années 1990, des mesures strictes ont été mises en place, notamment :
- des quotas rigoureux et des périodes de fermeture pour permettre aux stocks de se renouveler ;
- un suivi scientifique accru pour ajuster les réglementations en fonction de l’état des populations ;
- l’implication active des professionnels, qui participent directement à la gestion des ressources et au respect des réserves géographiques.
Ces actions ont permis le retour de populations abondantes de coquilles Saint-Jacques, prouvant que des mesures de conservation efficaces peuvent rétablir une ressource en péril. La pêche du bar et du lieu jaune pourrait bénéficier d’une approche similaire en renforçant les zones de protection et en adaptant les pratiques de pêche aux cycles biologiques des espèces.
Conclusion
La préservation du bar et du lieu jaune repose sur une approche équilibrée entre exploitation et protection de l’environnement. Elle repose également sur l’acceptation d’une responsabilité et un effort collectif de toutes les parties sur les mêmes fondements. Ceci implique de sortir d’un système où les uns appliquent certaines règles, et d’autres en sont dédouanés au motif officiel qu’on a été « très dur » puisqu’on leur a réduit drastiquement leurs quotas. Or, cette méthode revient à scier la branche sur laquelle tout le monde est assis, puisqu’il suffit d’un seul passage sur une frayère pour détruire toute reproduction et renouvellement pour de longues années dans une zone donnée. Ainsi, le cercle vicieux continue et l’étau se resserre d’année en année en ruinant tout espoir de renouvellement et donc la ressource.
Sortir de ce mode de pensée que ce soit au niveau européen - où nous sommes parties prenantes des décisions - ou au niveau national, et de ces façons de procéder à court terme, en agissant de concert comme pour les coquilles Saint-Jacques, sera le seul garant d’un vrai changement fondé sur le respect des périodes sensibles, l’exclusion de toute pêche dans les zones connues de frayère et l’interdiction d’y pratiquer certaines techniques destructrices.
Ces mesures de gestion doivent donc être mieux appréhendées par l’ensemble des acteurs de la pêche. Les limitations kafkaïennes imposées aux pêcheurs de loisir doivent être renégociées et établies par les Autorités en concertation avec la Confédération Mer & Liberté. Par exemple, pourquoi ne pas imposer un « bag limit » annuel pour le bar et le lieu plutôt que la prise d’un bar ainsi que deux lieus par jour et par pêcheur ? Ceci serait aussi plus en adéquation avec l’approche qui a permis d’augmenter sensiblement la taille minimale à 42 cm, qui aurait dû d’ailleurs logiquement conduire déjà au moins à la suppression du quota journalier, voire de l’augmenter. Pourquoi ne pas vraiment étudier une ou des période(s) de repos physiologique de ces espèces sur trois mois (et non sur une cote mal taillée de quatre mois par défaut) selon les grandes zones de façade pour tous les acteurs de la pêche et non pas seulement à la pêche de loisir si peu destructrice ? Pourquoi donc ne pas créer en priorité ces zones d’exclusion sur les frayères ? Et il existe encore de nombreuses idées à étudier de concert avec les professionnels et l’administration, si tant est que chacun souhaite s’attaquer de façon responsable et ensemble aux vraies causes de l’épuisement de certaines ressources.
Mais pour cela, il faut choisir courageusement d’agir ensemble sur des constats et principes analogues, sauf à vouloir opposer inutilement les uns aux autres tout en continuant à ruiner la ressource dans un cercle vicieux au cœur même de son renouvellement. En s’inspirant de méthodes ayant fait leurs preuves en matière de conservation des stocks de la coquille Saint-Jacques, nous pourrions sinon garantir, au moins tenter de contribuer à la pérennité de la pêche du bar et du lieu jaune, tout en préservant la richesse de nos écosystèmes marins, au bénéfice de tous.
Patrick Zimmermann
pour la commission environnement
[1] https://lemarin.ouest-france.fr/peche/loup-et-bar-finalement-ce-nest-pas-la-meme-espece-86ec20d1-eeb1-4590-9541-31f52eb14a8f
[2] Fait par un être humain ; dû à l’existence et à la présence d’humains.




