Gouvernance des ports de plaisance ; encore un âpre combat ?

Infrastructures portuaires

Gouvernance des ports de plaisance ; encore un âpre combat ?

Le secteur de la plaisance constitue une activité commerciale et industrielle non négligeable en France dont il conviendrait qu’elle soit plus visible et reconnue. En effet, face à nos détracteurs habituels, quelles sont les données chiffrées qui permettraient de faire mieux prendre conscience du poids financier et politique que nous représentons ?

Quelques données chiffrées

Selon les données disponibles, au 31 août 2022, la France comptait un total de 1 052 675 navires de plaisance immatriculés en eaux maritimes. Parmi eux, 777 707 étaient des bateaux à moteur, 201 756 des voiliers, et 61 523 appartenaient à d’autres catégories.
La répartition régionale des immatriculations était la suivante :

  • Bretagne  : 256 346 navires
  • Provence-Alpes-Côte d’Azur : 250 464 navires
  • Languedoc-Roussillon : 115 937 navires
  • Pays de la Loire : 87 461 navires
  • Aquitaine : 85 752 navires
  • Poitou-Charentes : 59 971 navires
  • Basse-Normandie : 56 715 navires
  • Corse : 53 688 navires
  • Haute-Normandie : 44 919 navires
  • Nord/Pas-de-Calais/Picardie : 29 454 navires

En moyenne, près de 9 000 bateaux à moteur sont enregistrés chaque année et près de 70 000 mutations de propriété sont observées.

Ces chiffres témoignent de la popularité de notre activité, malgré une légère tendance à la baisse observée depuis quelques années.

Et les ports dans tout cela ?

Si en 2024, les ports de plaisance en France ont été le théâtre de plusieurs développements notables, reflétant une dynamique d’expansion, de modernisation et d’engagement environnemental, l’année 2025 va voir de nouvelles évolutions.

L’avenir des ports de plaisance dépendra de plusieurs facteurs, notamment l’évolution de la demande touristique, les réglementations environnementales, la transition énergétique et l’innovation technologique.
Voici quelques tendances et perspectives qui pourraient se faire jour dans les prochaines années.

Transition écologique et développement durable

  • Ports écoresponsables : adoption de solutions pour réduire l’impact environnemental, comme l’installation de panneaux solaires, d’éoliennes et de systèmes de recyclage des eaux usées.
  • Gestion des déchets et des eaux de carénage : développement de systèmes de collecte et de traitement plus efficaces pour éviter la pollution maritime.
  • Électrification des infrastructures : mise en place de bornes de recharge pour les bateaux électriques et hybrides.

Digitalisation et innovations technologiques

  • Smart Marinas (ports intelligents) : utilisation d’outils numériques (capteurs IoT, applications mobiles) pour optimiser la gestion des places, des consommations énergétiques et des services aux plaisanciers.
  • Réservation en ligne et automatisation : développement de plateformes permettant aux plaisanciers de réserver des places en temps réel, avec gestion automatisée de l’accès aux pontons et aux services.
  • Drones et robots pour la maintenance  : utilisation de robots sous-marins pour inspecter et entretenir les infrastructures portuaires.

Nouvelles formes de navigation et diversification de l’offre

  • Montée en puissance du bateau électrique et à hydrogène : une transition progressive vers des navires plus propres, nécessitant des infrastructures adaptées.
  • Développement de l’écotourisme nautique  : offres touristiques intégrant des circuits écoresponsables, comme des mouillages en zone protégée avec un impact minimal.
  • Location et partage de bateaux (nautisme collaboratif) : une évolution vers des modèles similaires à l’autopartage, permettant une démocratisation de la plaisance.

Adaptation aux défis environnementaux

  • Adaptation des infrastructures aux risques climatiques et mise en place de protections contre les tempêtes.
  • Réglementations environnementales plus strictes : imposition progressive de normes plus rigoureuses en matière d’émissions et de gestion des déchets.
  • Sécurité renforcée : développement de mesures contre la délinquance

Attractivité des ports

  • Services haut de gamme et diversification des activités  : développement d’espaces de loisirs, de restauration et d’hébergement pour attirer un public plus large.
  • Ports comme lieux de vie : intégration des ports dans le tissu urbain en créant des espaces mixtes (logements, commerces, événements culturels).

L’avenir des ports de plaisance s’oriente vers une modernisation écologique, technologique et touristique. En ce qui nous concerne, nous autres pêcheurs de loisir, il conviendra de peser de tout notre poids dans ces évolutions afin qu’elle ne se réalisent pas sans nous ou pire, contre nous.

La gestion des ports de plaisance est aujourd’hui un mélange entre gestion publique et privée, avec une tendance croissante vers la délégation de service public et la gestion par des entreprises spécialisées.
Selon la taille du port et son importance, il peut être administré par une commune, un département, une région, une entreprise privée, ou un syndicat mixte.

L’organe consultatif et d’orientation de la stratégie est la commission portuaire. Elle joue un rôle important dans la gestion des ports de plaisance, en associant élus, gestionnaires, professionnels et usagers. MAIS elle n’a pas de pouvoir décisionnel et ne formule que des recommandations en vue d’influencer la politique portuaire, la gestion des infrastructures et le développement économique local. Aujourd’hui la Confédération Mer & Liberté est le grand absent de ces commissions, alors qu’un de ses représentants devrait être systématiquement invité à y participer.

Il conviendra absolument que ces structures évoluent et permettent une meilleure intégration des usagers et de leurs organes représentatifs au vu du poids financier et politique que nous représentons. Nous demandons donc qu’une révision de la composition des commissions portuaires soit engagée afin que notre confédération soit partie prenante de ces enceintes aujourd’hui trop verrouillées.

Patrick Zimmermann
responsable de la commission infrastructures portuaires