Coquille, couteau, ormeau et bulot

Pêche à pied

Coquille, couteau, ormeau et bulot

Tout d’abord, apportons une précision à l’article paru dans le précédent Pêche Plaisance grâce à deux photos fournies par Jade Mogeon, doctorante qui prépare une thèse sur le suivi palourdes. Concernant ce coquillage, la différence de marque à la surface du sable entre les deux espèces principales, s’explique par la structure du syphon, séparé en deux parties pour l’européenne et d’un seul bloc pour la japonaise.

Continuons notre petit tour d’horizon des coquillages les plus recherchés.

La coquille St-Jacques (Pecten maximus)

Elle est évidemment très recherchée. L’« or blanc » est un terme souvent employé pour désigner une ressource qui fait la fortune des pêcheurs en baie de St-Brieuc-Granville et en baie de Seine bien sûr. À pied on en trouve parfois en nombre important sur l’estran. Pas très difficile à pêcher, il n’y a qu’à se baisser pour la ramasser. Cependant elle peut faire son « nid » dans le sable et n’est pas toujours visible. Elle trahit sa présence par un jet horizontal et un claquement sec caractéristique. Mais attention à la taille réglementaire qui est, pour nous, fixée à 11 cm.
Une particularité de ce coquillage, comme beaucoup de pectinidés, est d’avoir toute une rangée d’yeux sur les barbes, ce qui lui permet de voir arriver le danger, homme ou étoile de mer.
Peu de noms locaux : appelé « cofiche » sur Granville probablement dérivé de godfish (poisson de Dieu), « vanne » et anciennement « peigne ». Elle était l’emblème des pèlerins de St-Jacques-de-Compostelle.

Le manche de couteau - Couteau droit (Solen marginatus) et sa marque

Taille réglementaire : 10 cm.
Voilà une pêche distrayante à pratiquer en famille avec les enfants. Il faut repérer la marque du couteau généralement en forme de huit et verser du sel fin dans le trou. Au bout de quelques minutes un bouillon se forme à la surface et apparaît le couteau ; bien saisir la coquille et non la partie charnue qui, sinon, vous restera dans la main, l’animal ayant regagné sa galerie.
Noms locaux  : manche à couteau, coutiau, rasoir, manchot, manceau, gaine, et sans doute d’autres noms.
À signaler qu’il existe cinq ou six espèces dont le couteau sabre (Ensis ensis) qui est courbe, que l’on pêche à la fourche et dont la valeur gustative est supérieure.

L’ormeau (Haliotis)

Taille réglementaire : 9 cm.
Encore un coquillage très recherché et qui a une belle valeur marchande. Il faut dire qu’il ne peut se pêcher qu’en plongée (pros) avec une licence bien évidemment. Après un épisode de maladie fin des années 90 début des années 2000, il se refait peu à peu une santé mais le stock reste fragile.
C’est un gastéropode brouteur d’algues qui se complaît sous les pierres ou dans les failles où il faut le débusquer. En loisir il est nécessaire d’avoir une très grande marée pour accéder pratiquement au zéro des cartes marines ou en tout cas très près. Il est interdit d’en prendre en pêche sous-marine. Il faut éviter de le blesser car il est hémophile et il peut mourir assez vite.
Noms locaux : goufigue ou goufique (Nord Cotentin), ormier (Chausey-Granville),
oreille de mer, ormet, ormais, abalone.

Le bulot (Buccinum undatum)

Taille réglementaire : 4,5 à 7 cm.
Produit phare de Granville pendant longtemps, la pêche professionnelle du bulot est en crise à la suite de la diminution drastique du nombre d’individus. Le réchauffement climatique est en cause, mais, à mon avis il y a eu aussi la surpêche.
À pied, dans les années 80 et avant, on en trouvait des milliers sur l’estran de fin novembre à mi-janvier, et aujourd’hui on n’en voit que très peu que l’on trouve par hasard en pêchant autre chose. On ne peut plus dire que l’on va à la pêche aux bulots. Nom français : buccin.
Noms locaux : calicoco (Cherbourg), ran (Granville), bavou, baveux, tortreux, torion, burlaud, goglu.

Jean Lepigouchet
responsable commission pêche à pied