Le homard ({Homarus gammarus})
Continuons notre série sur les noms locaux concernant, cette fois, les quelques crustacés. À tout seigneur tout honneur ! Le roi est évidemment le homard que l’on peut pêcher avec un casier bien sûr, mais aussi à pied et c’est un régal quand on a la chance d’avoir un littoral rocheux ou semi-rocheux.
Il se complaît sous les rochers ou dans les failles ; il a l’habitude de creuser sous la roche pour agrandir son gîte et c’est pour cela que sa présence peut être détectée par ce monticule de sable à l’entrée du trou que l’on appelle plage ou « aigrat », nom local de Chausey. Souvent, il y a une autre plage sur le côté ou derrière le rocher que l’on pourrait nommer « issue de secours ».
La technique de pêche consiste à balayer doucement le trou pour le faire sortir par une autre issue. La taille réglementaire a été augmentée il y a deux ans, à 90 mm du creux de l’œil à la limite arrière du céphalothorax. De ce fait, les homards de taille se font plus rares. Et l’arrivée des poulpes, principaux prédateurs des crustacés, ne va rien arranger.
Une particularité : ses deux pinces n’ont pas la même forme ; l’une est dite cisaille et l’autre marteau ou broyeuse et il n’y a pas de règle ; parfois la pince broyeuse est à droite, parfois elle est à gauche ; y a-t-il, comme chez l’homme, des droitiers et des gauchers ? Mystère. Et rappelons que le homard, quand il se sent pris, a la capacité de lâcher ses pinces comme le lézard lâche sa queue, pinces qui repousseront. C’est pour cela que l’on voit parfois un homard avec un petite pince d’un côté et une grosse pince de l’autre. Du coup n’attrapez pas le homard par une pince ; elle risque de vous rester dans la main pendant que l’individu s’enfuit. Il est assez difficile ensuite de le retrouver s’il est parti en pleine eau.
Autre particularité : la cohabitation congre-homard. La légende veut que le congre attendrait que le homard mue pour en faire son repas. C’est faux ; le congre n’a pas besoin de cela. Si à un moment donné, le homard présente sa queue au congre ; il n’y a aucun doute sur l’issue fatale pour le homard vu la puissance des mâchoires du congre. J’en veux pour preuve la découverte d’un homard bien dur dans l’estomac d’un congre il y a quelques années. Il faut savoir aussi que la femelle doit être molle pour l’accouplement ; ce qui explique que l’on trouve parfois deux homards dans le même trou dont l’un est mou.
Les noms locaux sont peu nombreux. Selon le livre d’Ifremer Les fruits de mer…, il y aurait en Bretagne le nom legestr, le nom homara à Bayonne et en Méditerranée, ilangaou, iorman et lingoumbaou (à certifier). Sans oublier « Les demoiselles de Cherbourg » qui étaient de petits homards à une époque où les règles de taille ne devaient pas s’appliquer. Petits homards que l’on appelle aussi criquets.
Le tourteau (Cancer pagurus)
Il se fait de plus en plus rare. Les captures des professionnels ont chuté de près de 50 % sur certains sites sans que l’on sache vraiment pourquoi. Maladie ? Mystère. La taille réglementaire a été augmentée de 1 cm récemment. Ce qui fait que pour nous, pêcheurs de loisirs, les captures deviennent assez rares.
Il a un habitat semblable à celui du homard et, quand il est sous un rocher entouré de sable, il trahit sa présence par un petit monticule de sable devant le trou. On l’aperçoit souvent en train de dormir au fond du trou, d’où le nom de « dormeur » qu’on lui attribue en certaines régions. Il ne cohabite absolument pas avec le homard.
Autres appellations : houvet, poupart (Chausey), clopoing (Cherbourg), poingclos.
L’étrille (Necora ou Portunus puber)
Le plus petit des crabes que nous recherchons mais pas forcément le moins goûteux. On le trouve un peu partout dans les estrans rocheux tout simplement en soulevant des pierres (sans oublier de les remettre dans leur emplacement initial) ou en inspectant les failles de roche avec un crochet à crabe. Elle cohabite fréquemment avec le homard. Ses pattes arrière sont aplaties, ce qui lui permet de se déplace en nageant ; cela lui vaut parfois le nom de crabe nageur.
Beaucoup de noms locaux : crabe à laine (les grosses étrilles sont parfois recouvertes d’une espèce de duvet, d’où ce nom), anglette (Cherbourg), plat-pied (Nord), lénée, lirié, daguenelle, demoiselle, (Haute-Normandie), crinquenelle (Val-André), melta, crabe cerise, chèvre, gaor, guilch, krank lauo (Bretagne), chancre nageron, balleresse (Atlantique), crabe espagnol, crabe laineux (Méditerranée).
Jean Lepigouchet
pour la commission pêche à pied





