Le suivi sanitaire

Pêche à pied

Le suivi sanitaire

Il n’est pas inutile de revenir sur un problème qui nous préoccupe tous depuis pas mal d’années, celui de la qualité des eaux littorales qui constitue, pour la pêche à pied, un enjeu majeur puisqu’au-delà du seuil fatidique, la pêche des coquillages filtreurs s’arrête.

Les pollutions peuvent être d’origines diverses, bactériologiques ou chimiques, et ont, dans des proportions très importantes, une origine terrestre. Les activités maritimes ont donc, hormis le cas des marées noires, une incidence relativement faible. L’obligation pour les communes littorales, de se doter de stations d’épuration, a sans doute eu un effet bénéfique, mais les fleuves apportent toujours les eaux des communes qui n’en sont pas pourvues ainsi que les eaux de ruissellement. Et les stations des communes très touristiques sont parfois saturées l’été quand la population est multipliée par dix, sans parler des orages qui en perturbent fortement le fonctionnement. Il est alors fréquent que les analyses amènent les maires à interdire temporairement la baignade et la pêche à pied. Les élus ont bien compris les enjeux. La région granvillaise par exemple, s’est dotée d’un outil de prévision et de déclenchement d’alertes : « marée clean ».

Mais quels sont les contrôles mis en place ?

Le suivi sanitaire

Du fait de leur capacité de filtration, les mollusques bivalves concentrent dans leurs tissus des éléments nutritifs mais aussi des polluants d’origines diverses (métaux lourds, hydrocarbures…) et des éléments pathogènes (bactéries, virus). Ils sont de véritables intégrateurs des pollutions environnementales et sont donc considérés comme des bio-indicateurs. La consommation de ces coquillages peut donc entraîner des troubles physiologiques ou des intoxications alimentaires. Afin d’éviter ces risques, un classement de salubrité des zones de production et des réseaux de surveillance de la qualité du milieu marin littoral ont été mis en place. L’Ifremer, par l’intermédiaire du réseau Rémi (Réseau de contrôle microbiologique des zones de production conchylicole et de pêche à pied) assure le suivi sanitaire des zones de production, c’est-à-dire exploitées par les professionnels. En fonction des résultats obtenus, l’Agence régionale de santé (ARS) propose à la commission sanitaire réunie par le préfet, un classement de ces zones ; la bactérie recherchée en priorité est l’Escherichia coli (EC).

Rappelons le classement

  • De zéro à 230 EC par 100 g de chair du mollusque, la zone est classée A, ce qui devient de plus en plus rare.
  • De 231 à 4 600 EC, la zone est classée B autorisée à la pêche de loisir mais les pros doivent faire passer leurs coquillages en bassins de purification.
  • Au-delà de 4 600 EC, la zone est classée C, pêche de loisir interdite et autorisée aux pros à pied à condition de faire subir un traitement thermique à leurs coquillages.

Les ARS réalisent, selon le même protocole que le Rémi, un suivi mensuel des zones non classées fréquentées par les pêcheurs à pied de loisir.
Rappelons que les coquillages sont classés par groupes, fouisseurs (groupe 2) et non fouisseurs (groupe 3). Il est possible qu’une zone soit par exemple classée A pour les non fouisseurs et B pour les fouisseurs.
Il y a des zones où s’exerce la pêche à pied de loisir qui n’ont aucun classement. Les ARS peuvent alors avoir une politique différente, autoriser ou non la pêche de loisir. En tout cas pour les pros, le classement est obligatoire pour pouvoir vendre leurs produits.

Les réseaux de surveillance

Les réseaux de l’Ifremer

  • Le Rocch
    Le Réseau d’observation de la contamination chimique du milieu marin (ex. RNO) a pour objectifs l’évaluation des niveaux et tendances des contaminants chimiques et des paramètres généraux de la qualité du milieu, ainsi que la surveillance des effets biologiques des contaminants. Ce réseau assure notamment le suivi de la contamination métallique dans les bivalves pour les zones de production classées. Il n’a pas pour objectif le suivi sanitaire des mollusques, mais utilise ces organismes comme espèces sentinelles de la qualité de l’environnement littoral.
  • Le Réphy
    Le Réseau de surveillance du phytoplancton et des phytotoxines (toxines produites par les algues) a été créé en 1984 à la suite de l’observation de nombreuses intoxications de type diarrhéique chez certains consommateurs de coquillages sur les côtes bretonnes. Ces intoxications avaient pour origine le développement dans le milieu marin littoral de Dinophysis, phytoplancton ayant la capacité de produire des toxines diarrhéiques. Aujourd’hui, ce réseau couvre trois grandes familles de toxines produites par différentes algues microscopiques :
    • les toxines lipophiles, incluant les toxines diarrhéiques précédemment citées. Celles-ci sont produites par des algues du genre Dinophysis ;
    • les toxines amnésiantes produites par des pseudo-Nitzschia (voir problèmes sur coquille Saint-Jacques il y a quelques années) ;
    • les toxines paralysantes produites par des Alexandrium.
      Différentes stratégies de surveillance des gisements et élevages côtiers sont mises en place suivant les risques et les phytotoxines recherchées.
  • Le Rémi
    Le réseau Rémi assure la surveillance sanitaire des zones de production classées. Ce réseau est organisé autour de huit laboratoires côtiers en charge de sa mise en œuvre au niveau local. Les contrôles microbiologiques sont basés sur le dénombrement des Escherichia coli dans les coquillages vivants retenus comme indicateur de contamination fécale et donc de risque de présence de micro-organismes pathogènes. Ce sont ces contrôles qui permettent le classement des zones de production et leur révision, mais aussi leur suivi sanitaire.

Le réseau des ARS
De manière générale, le suivi des coquillages de pêche récréative est assuré par les services santé/environnement des ARS. Ce suivi est réalisé exclusivement sur les bivalves filtreurs qui sont de bons indicateurs du niveau de contamination du milieu. En général, ce suivi sanitaire se limite au suivi bactériologique mais, dans certains départements comme la Manche, les services de l’ARS étendent ce suivi à la recherche de métaux lourds et de la radioactivité. Les contrôles se font selon le même protocole que le réseau Rémi précédemment évoqué. Les ARS assurent également la diffusion de ces résultats auprès des mairies afin que celles-ci puissent prendre les dispositions nécessaires (fermeture de la zone par arrêté municipal) en cas de contamination avérée des coquillages présents sur un gisement de la commune.

Jean Lepigouchet
responsable commission pêche à pied