Ciem : recommandations de capture maximale du bar pour 2026
Les recommandations de capture maximale du bar pour 2026 font beaucoup parler dans le monde de la pêche récréative et suscitent de l’étonnement, voire de l’incrédulité (Chalmandrier 2025) (ICES 2025a). Pour comprendre ces revirements du Ciem (Conseil international pour l’exploration de la mer), il faut reprendre les recommandations émises par ce dernier et les règlements prononcés par le conseil de l’Europe (ICES 2025a) (règlement (UE) 2025/202).
Historique des recommandations et règlementations
Le bar européen (Dicentrarchus labrax) est l’une des espèces les plus prisées de l’Atlantique Nord-Est par les pêcheurs professionnels, mais aussi par les pêcheurs récréatifs. Au début des années 2010, les pêcheries du sud de la Manche et de la mer du Nord ont montré des signes marqués de déclin des prises de bars, ce qui a été à l’origine de conflits entre pêcheurs professionnels et pêcheurs récréatifs. Depuis 2015, la Commission européenne a dû prendre des mesures d’urgence pour sa conservation.
Le bar européen s’étend depuis les côtes de l’Écosse et de la Norvège jusqu’à celles du Maroc, en passant par la mer Méditerranée et la mer Noire. Ses habitats essentiels varient au cours de son cycle de vie. La reproduction se déroule généralement au large. La dérive des œufs et des larves vers des estuaires ou des zones côtières abritées, favorise la survie et la croissance des juvéniles. Ces nurseries accueillent les jeunes poissons jusqu’à leur maturité, atteinte à environ 35 cm pour les mâles et 42 cm pour les femelles. Les adultes alternent entre migrations saisonnières vers les zones côtières ou littorales d’alimentation et les zones de reproduction au large.
Les premières recommandations internationales considéraient le bar de l’Atlantique Nord-Est comme un stock unique. Des considérations pratiques ont ensuite conduit les experts à distinguer quatre stocks. Le 48e parallèle nord sépare ainsi le « stock nord », comprenant la mer d’Irlande, la mer Celtique, la Manche et le sud de la mer du Nord, et le stock du golfe de Gascogne. Les deux autres stocks sont situés en Irlande du Sud et en Écosse occidentale, d’une part, et au Portugal et dans le nord de l’Espagne, d’autre part. Depuis, le Ciem souligne régulièrement la nécessité de poursuivre les recherches sur la structure spatiale de cette population.
Pour le stock nord, de mauvais recrutements [1] et une augmentation de la mortalité par pêche ont fait baisser régulièrement la biomasse [2] à partir de 2010, jusque sous la biomasse limite de référence en 2015. Le stock était alors surexploité avec une mortalité par pêche supérieure à la FRMD [3]. En réponse aux recommandations du Ciem, la Commission européenne a édicté un règlement le 26 janvier 2015 interdisant la pêche du bar au chalut pélagique du premier janvier au 30 avril de chaque année (règlement d’exécution (UE) 2015/111 de la commission du 26 janvier 2015).
Au cours des recommandations suivantes, le Ciem a plusieurs fois mentionné que l’absence de données provenant de la pêche récréative diminuait la validité de leurs estimations. En 2022, la Commission européenne a demandé au Ciem de lui fournir des scénarios sur l’impact des limites de prises appliquées à la pêche récréative sur le maintien des stocks de bar dans le golfe de Gascogne sud (ICES 2022). Les principaux résultats montrent :
- la ventilation des captures entre les pêcheries commerciales et récréatives dépend principalement des mesures de gestion appliquées aux pêcheurs en mer récréatifs, notamment de la limite de prises journalières ;
- la mortalité totale (F = 0,135) reste constante dans tous les scénarios ;
- les captures totales avoisinent 3 400 tonnes, avec une légère redistribution entre pêche commerciale et récréative ;
- le stock reproducteur (SSB) reste stable, avec une hausse estimée de +1,3 % ;
- l’effet des limites de prises supérieures à trois poissons/jour est négligeable sur la dynamique du stock.
L’avis du Ciem pour 2024 recommandait une baisse des captures de bars pour la zone 8ab de 22 % et une augmentation de la maille à 42 cm. La DG MARE à Bruxelles a demandé à l’Ifremer d’évaluer les conséquences de cette baisse en termes de baisse des quotas et d’impact socio-économique à la fois pour la pêche commerciale, et la pêche récréative (Vermard et al. 2023).
En ce qui concerne la pêche professionnelle le chiffre d’affaires lié à la pêche du bar dans le golfe de Gascogne a été estimé à près de 26,5 M€ (26,5 millions d’euros) (Vermard et al. 2023). La perte théorique pour les pêcheurs professionnels serait de 5,8 M€ (26,5x0,22). Mais les navires de la flottille pêchant le bar du golfe de Gascogne pêchent aussi plusieurs espèces de poissons au cours de l’année sur lesquelles ils peuvent se reporter.
Pour la pêche récréative, la réduction du « bag-limit » à un bar par pêcheur et par jour (deux en 2023) se traduirait par tableau :
- une diminution de 140 tonnes des captures de la pêche récréative, compensée par plus de 136 tonnes de captures commerciales, pour un impact global neutre sur le stock (SSB inchangée) ;
- la pression de la pêche commerciale augmenterait légèrement (Fbar + 7 %), mais la mortalité totale resterait stable.
Comparaison des scénarios de gestion du bar dans le golfe de Gascogne
(Divisions 8.a–b)
En considérant un prix moyen du bar en criée d’environ 15,50 €/kg (Vermard et al. 2023) et une VAB (Valeur ajoutée brute) d’environ 60 % du chiffre d’affaires pour la pêche artisanale (ratio Ifremer/SIH [4]), le gain potentiel pour la pêche commerciale s’établit à (140 t x 15,5 €/kg) 1,612 M€ de chiffre d’affaires et à une VAB à (1,612 M€ x 0,6) : 0,967 M€ de Valeur ajoutée brute pour la flotte professionnelle.
L’impact sur l’activité économique des pêcheurs récréatifs est plus complexe à analyser. En effet, les poissons pêchés par les pêcheurs en mer récréatifs ne sont pas vendus. Donc ils ne perdent pas d’argent. Par contre, ils continuent à avoir des dépenses liées à la pratique de la pêche, bien que certaines soient fixes et non affectées pas la réduction des prises. La perte la plus importante est probablement celle de valeur économique rattachée à la pêche du bar. Selon Andrews (Andrews et al. 2021), dont l’étude a été présentée dans le numéro 86 de la revue Pêche Plaisance de la FNPP (Martinez Luc et al. 2025). Les pêcheurs en mer récréatifs britanniques sont prêts à payer en moyenne 36 € par an pour avoir le droit de conserver un bar de 42 cm à chaque sortie. En appliquant la valeur de cette disposition à payer (DAP) au scénario de réduction de 140 tonnes de captures récréatives dans le Golfe de Gascogne, on obtient une disposition à payer des pêcheurs comprise entre 4,2 et 6,3 M€, soit environ 5 M€ en moyenne (valeurs 2021). Cette valeur, issue d’un échantillon britannique, est transférée ici à titre indicatif pour les pêcheurs français du golfe de Gascogne, dont les pratiques et les motivations sont similaires.
La DAP représente le surplus de dépenses que les pêcheurs récréatifs sont prêts à engager pour satisfaire leur loisir. C’est le produit de l’activité du pêcheur en mer récréatifs (comme le tonnage de poissons capturés est le produit de l’activité de la pêche commerciale). Il doit être intégré dans le calcul de la perte de la contribution économique de la pêche en mer récréative à l’économie d’une région.
Pour les 150 000 à 200 000 pêcheurs de bars concernés de la région Aquitaine, cela représenterait une perte de contribution de 5 à 7 M€, bien plus que les 1,612 M€ gagnés par la pêche commerciale et autant, voire plus, que la perte de chiffre d’affaires de la pêche commerciale du bar dans le golfe de Gascogne. Les pêcheurs récréatifs en mer apportent donc une contribution indispensable à la gestion de la ressource. Leur contribution à l’économie d’une région est primordiale. Ils sont aussi, par l’intermédiaire de leurs fédérations réunies au sein du CML, favorables de cette façon à la déclaration des pêcheurs pour permettre l’obtention de données plus fiables concernant la plaisance.
Donner la priorité aux pêcheurs professionnels, comme ce fut publiquement récemment le cas, ne semble traduire qu’une vision restreinte de la problématique. Tous les acteurs qui sont parties prenantes de la gestion de la ressource et de la valorisation économique de la pêche devraient pouvoir participer à la décision publique, en concertation.
Début 2025, l’UE a publié une nouvelle règlementation pour la pêche du bar (règlement (UE) 2025/202 du conseil 2025). Au nord du parallèle 48°N, du 1er janvier au 31 janvier 2025 et du 1er avril 2025 au 31 décembre 2025 : pas plus de deux spécimens de bar ne peuvent être capturés et détenus par pêcheur et par jour, y compris depuis la côte. Au sud du parallèle 48°N, pas plus d’un spécimen de bar ne peut être détenu par pêcheur et par jour. La taille minimale de conservation pour le bar européen est de 42 cm.
Structure spatiale du bar européen de l’Atlantique Nord-Est
La dynamique interne et la structure des populations sont façonnées par les déplacements et les migrations des animaux (de Pontual et al. 2023). Initialement considérée comme un stock unique, la population de bar européen a été séparée en quatre stocks distincts. Mais cette structure était partiellement remise en cause. Une équipe de chercheurs a mené, entre 2014 et 2016, un programme de marquage électronique à grande échelle de bars sur dix sites le long de la côte française, de Dunkerque (sud de la mer du Nord) à Capbreton (sud du golfe de Gascogne) (de Pontual et al. 2023). Sur 1 220 enregistreurs de données (DST) déployés, 482 ont été récupérés en novembre 2022. Environ la moitié d’entre eux couvraient une durée au moins égale à une période de migration potentielle de reproduction.
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1 220 poissons ont été marqués et 482 poissons marqués ou des marques seules ont été retrouvés pour une durée maximale d’observation entre 579 jours et 1 474 jours. 364 trajectoires ont pu être reconstituées.
Cette étude confirme la forte fidélité de l’espèce à ses zones d’alimentation estivales et à ses zones de reproduction hivernales, tout en révélant une connectivité importante entre les régions actuellement considérées comme appartenant à des stocks distincts. Ce résultat est important car il implique de revoir la méthode d’évaluation des stocks de bars dans une région. Pour cela, il faudrait développer un modèle de dynamique de population spatialement structuré, fondé sur les données de marquage, afin d’estimer les taux de migration et de mortalité.
Les recommandations de capture maximale du bar pour 2026
Pour reprendre les propos de Mathieu Voillez (Chalmandrier 2025), les mesures de gestion très fines du stock de bars et les nouveaux modèles d’analyse (stratification des prises selon le type de flottille et modèles de dynamique spatiale des populations) ont permis d’améliorer l’estimation des stocks. L’avis du Ciem qui est purement scientifique tient compte de ces nouvelles données (ICES 2025b). Il ne se traduira pas forcément par un doublement de l’autorisation des prises, mais au moins par un accroissement.
C’est pourquoi, dans ce contexte général favorable à un élargissement des quotas de prélèvement des bars, il est impératif que la pêche en mer récréative soit prise en considération de la même façon. En effet, la plaisance ayant déjà concédé des efforts importants depuis plusieurs années via des quotas inégaux et persistant malgré l’accroissement de la taille à 42 cm, les pouvoirs publics ne peuvent pas non plus ignorer l’impact économique majeur de la pêche de plaisance en mer au regard de sa disposition à payer.
Revendication FNPP
Avec l’enregistrement des captures à compter du 10 janvier 2026, nous disposerons d’un véritable outil de traçabilité qui permettra un pilotage fin, transparent et contrôlable de l’impact de la pêche récréative sur la biomasse du bar. Dans ce cadre et compte tenu des études du Ciem qui prévoit une amélioration des stocks, nous réclamons avec force auprès de la DGAMPA la mise en place d’un dispositif d’un quota journalier lisible (trois à quatre bars/jour selon la saisonnalité et hors période de repos) et à défaut, un quota annuel raisonnable. Ce dispositif dual, quasiment indolore pour la biomasse et parfaitement compatible avec les exigences scientifiques du Ciem ainsi que l’esprit du nouveau contrôle voulu par les États, garantit une gestion durable du stock et une meilleure acceptabilité sociale au vu de l’empilement des contraintes.
Luc Martinez
pour la commission pêche
Références [5]
[1] Recrutement : le recrutement désigne le nombre de jeunes individus qui ont survécu à la phase larvaire et qui ont atteint une taille suffisante pour être capturables par les engins de pêche.
[2] Biomasse : la biomasse, ou l’indice de la biomasse, est le poids total d’une espèce de poisson donnée dans une zone à un moment précis.
[3] FRMD : Pression de pêche permettant d’obtenir le Rendement maximal durable.
[4] SIH : Système d’information halieutique. C’est la base de données nationale gérée par Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), qui centralise toutes les informations relatives aux activités de pêche professionnelle en France.
[5] Andrews B, Ferrini S, Muench A, Brown A, Hyder K. Assessing the impact of management on sea anglers in the UK using choice experiments. Journal of Environmental Management. 1 sept 2021 ;293:112831.
Chalmandrier P, propose recueillis parentretien. « Les nouveaux modèles scientifiques montrent que les stocks de bar se portent mieux » [Internet]. Le marin. 2025 [cité 18 oct 2025]. Disponible ici
de Pontual H, Heerah K, Goossens J, Garren F, Martin S, Le Ru L, et al. Seasonal migration, site fidelity, and population structure of European seabass (Dicentrarchus labrax). Grabowski J, éditeur. ICES Journal of Marine Science. 11 août 2023 ;80(6):1606-18.
ICES. EU request 2022 [Internet]. ICES Advice : Technical Services ; 2022 déc. Disponible ici
ICES. Benchmark workshop on selected sea bass stocks (WKBSEABASS) [Internet]. ICES Scientific Reports ; 2025a. Disponible ici
ICES. ICES Advice on fishing opportunities. [Internet]. ICES Advice : Recurrent Advice ; 2025b p. 580781 Bytes. Disponible ici
Martinez Luc, Scriban Alain, Danis Annick. Contribution économique de la pêche récréative en mer. Revue Pêche Plaisance. juin 2025 ; (86).
Règlement d’exécution (UE) 2015/ 111 de la commission du 26 janvier 2015. 2015/111. Disponible ici
Règlement (UE) 2025/202 du conseil. janv 30, 2025. Disponible ici
Vermard Y, Drogou M, Le Grand C, Macher C, Woillez M, Le Grand C, et al. Évaluation de l’impact de scénarios de mesures de gestion sur les stocks de bar et de lieu jaune dans le golfe de Gascogne, ainsi que de mesures de gestion pour la pêche récréative du lieu jaune de mer Celtique et dans le golfe de Gascogne. 27 nov 2023 [cité 26 oct 2025] ; disponible ici






