Stock de maquereaux : entre incrédulité et effondrement
Le mois d’octobre a été marqué par un avis du Conseil scientifique pour l’exploration de la mer (Ciem) qui a proposé une réduction des prélèvements de la pêche sur le stock de maquereaux de 70 % pour éviter une disparition du stock (ICES 2025a). Aussitôt toute la presse halieutique s’est émue du constat, chacun apportant son analyse et sa solution.
Les recommandations du Ciem
L’avis du Ciem nous apporte de nombreuses informations dont un suivi de l’exploitation de la ressource depuis 25 ans.
Si de 2001 à 2007, les Totaux admissibles de capture (TAC) convenus au niveau international couvraient la majeure partie de la zone de répartition du maquereau de l’Atlantique Nord-Est, aucun accord n’a été trouvé entre les États côtiers sur le partage des quotas de maquereaux de 2008 à 2014. En 2014, l’Union européenne, la Norvège et les îles Féroé sont parvenus à un accord de partage pour la période 2014–2018.
En novembre 2018, cet accord a été prolongé de deux années supplémentaires, jusqu’en 2020. De 2021 à 2024, aucun nouvel accord n’a été trouvé sur le partage du stock.
En 2024, le Royaume-Uni, la Norvège et les îles Féroé ont conclu un nouvel arrangement de partage pour trois ans, couvrant la période 2024–2026 (ICES 2025b).
Malgré ces différents accords, les quotas totaux déclarés ont, chaque année de 2010 à 2025, dépassé le TAC recommandé par le Ciem de 39 % en moyenne).
Le Ciem fait reposer ses avis sur la méthode du Rendement maximum durable (RMD - En anglais, MSY = Maximum Sustainable Yield) qui est le niveau de capture maximisant la production durablement. Il a ainsi proposé pour 2026 une réduction de la capture totale de maquereaux de 70 % de manière à ramener à court terme la biomasse du stock reproducteur au-dessus de sa valeur limite inférieure (masse totale des poissons qui peuvent se reproduire et qui est nécessaire pour que la population ne diminue pas) et de ramener à moyen terme la quantité totale de poissons à un niveau compatible avec un taux de mortalité considéré comme durable à long terme pour la population de maquereaux (ICES 2025a).
Causes et remèdes
La simple lecture du graphique nous montre que depuis quinze ans, les avis du Ciem n’ont pas été respectés.
Une des raisons est probablement organisationnelle : la gestion du stock de maquereaux fait l’objet de consultations entre États côtiers même s’il existe un organisme de gestion supranational, le Commission des pêches de l’Atlantique Nord-Est (CPANE). La dilution de la décision favorise les intérêts individuels plutôt que bienfait collectif.
L’autre raison est politique. Depuis le Brexit, plusieurs états n’appartiennent plus à l’Union européenne. Ils gèrent dès lors individuellement leurs quotas qui excèdent systématiquement les avis du Ciem. Chacun préfère favoriser ses propres intérêts, en particulier électoralistes, plutôt que ceux de la communauté. C’est ce que dénonce Jérôme Jourdain, secrétaire général adjoint de l’Union des Armateurs à la Pêche de France (UAPF) (Le marin 2025).
Dans ce contexte, comment se positionner en tant que confédération au nom des plaisanciers ?
Au niveau institutionnel, tout doit être fait pour que nos politiques pèsent de tout leur poids sur les instances européennes de façon à négocier avec les pays réfractaires à la fois leur adhésion aux avis du Ciem mais aussi une sanction proportionnée à l’impact excessif qu’ils ont fait porter à la ressource. Nous en avons les moyens. Mais de là à « jeter le bébé avec l’eau du bain » en devant remettre en cause la politique commune de la pêche de l’Union européenne et en renonçant au Rendement maximal durable (Le marin 2025), nous n’en sommes pas certains.
De la même façon, il faut savoir proportion garder à l’égard de la pêche en mer récréative, tant il est évident que la part qui leur est imputable dans cette situation reste marginale et n’a rien à voir avec les causes précédemment évoquées. C’est bien la raison pour laquelle, sans devoir imposer de nouvelles limites aux pêcheurs en mer récréatifs au regard des efforts déjà entrepris dans d’autres domaines, nous continuons de recommander à nos adhérents de ne pas pêcher plus de maquereaux qu’ils n’en ont besoin pour leur propre consommation.
Luc Martinez
pour la commission pêche
Références [1]
[1] (Northeast Atlantic and adjacent waters) [Internet]. ICES Advice : Recurrent Advice ; 2025a sept. Disponible ici
ICES. Working Group on Widely Distributed Stocks (WGWIDE) [Internet]. ICES Scientific Reports ; 2025b oct. Disponible ici
marin L. Tribune. Maquereau : malgré les signaux d’alarme, les pires craintes du secteur se concrétisent [Internet]. Le marin. 2025 [cité 29 oct 2025]. Disponible ici



