Attention à ne pas décourager l'envie de mer

Plaisance

Attention à ne pas décourager l’envie de mer

Le marché du nautisme ralentit. Les Français ont-ils pour autant perdu leur envie de naviguer ? Certainement pas. Mais entre hausse des coûts, nouvelles contraintes et fiscalité, la plaisance populaire pourrait bien être la première victime des transformations en cours.

Les derniers chiffres de la Fédération des industries nautiques confirment ce que beaucoup de professionnels ressentent depuis plusieurs mois. De septembre 2025 à août 2026, 7 230 bateaux neufs ont été vendus en France, soit une baisse de 5,2 % en un an. Le marché de l’occasion résiste mieux : 57 595 transactions, toutefois en recul de 3,8 %.
Le contraste est intéressant. On achète moins de bateaux neufs, mais on continue à acheter d’occasion, à entretenir, réparer et moderniser les bateaux existants. La location résiste également et certaines entreprises ont même enregistré cet été une forte progression des réservations de dernière minute. Et nous voyons apparaitre des géants dans nos ports tel Uber Boat.
Ce n’est donc pas l’envie de mer qui disparaît. C’est le modèle économique de la plaisance qui change.
Une plaisance plus attentive à ses dépenses. Après les années exceptionnelles qui ont suivi la crise du Covid, les plaisanciers surveillent davantage leurs dépenses. Beaucoup préfèrent conserver leur bateau quelques années supplémentaires plutôt que d’en changer. Ils entretiennent, remotorisent, remplacent l’électronique ou améliorent leurs équipements.
Ce comportement explique en partie la meilleure résistance de l’occasion, de la maintenance et du rétrofit. Il rappelle surtout une réalité parfois oubliée : la plaisance française est très loin de se limiter aux yachts de luxe que l’on voit dans certains ports méditerranéens. Elle est constituée de milliers de petites unités, souvent anciennes, entretenues avec soin par leurs propriétaires. Pour beaucoup, posséder un bateau représente le résultat d’années d’épargne et permet avant tout de naviguer en famille, de pêcher quelques poissons ou simplement de passer quelques heures sur l’eau.
C’est cette plaisance-là qu’il faut préserver.

Une véritable économie littorale

L’enjeu dépasse largement les seuls propriétaires de bateaux. La France compte environ 4 M de plaisanciers réguliers. La filière nautique représente près de 6 000 entreprises, 6,3 Md€ de chiffre d’affaires et 49 000 emplois directs, près de 150 000 en intégrant les emplois indirects.
Derrière chaque bateau se trouvent des chantiers, des mécaniciens, des équipementiers, des voileries, des magasins d’accastillage, des ports et de nombreuses petites entreprises installées sur nos littoraux. Fragiliser économiquement le plaisancier, c’est donc aussi, à terme, fragiliser tout cet écosystème.

Le paradoxe français

C’est là qu’apparaît une contradiction. L’État et les représentants de la filière ont adopté une feuille de route nationale du nautisme et de la plaisance 2025-2030 destinée notamment à développer les pratiques et à accompagner la transition du secteur.
Dans le même temps, les plaisanciers voient s’accumuler les charges : prix des bateaux, entretien, carburant, assurance, places de port, contraintes environnementales et réglementaires auxquelles viendra s’ajouter en 2027 la réforme de la TAEMUP.
Chacune de ces mesures peut avoir sa justification. Mais leur accumulation finit par produire un effet très concret sur le budget des familles.
Et une question mérite alors d’être posée : peut-on vouloir davantage de Français sur l’eau tout en rendant progressivement la possession d’un bateau plus coûteuse et plus contraignante dans son utilisation, notamment en ce qui concerne la pêche de loisir ?

Préserver une plaisance populaire

La transition environnementale du nautisme est indispensable et les pêcheurs plaisanciers doivent naturellement y prendre leur part. Mais elle doit être progressive, proportionnée et économiquement supportable. Conserver et entretenir un bateau pendant trente ou quarante ans, prolonger sa durée de vie, moderniser sa motorisation ou ses équipements participe aussi d’une forme de sobriété. L’enjeu des prochaines années ne sera donc pas seulement de vendre davantage de bateaux neufs. Il sera surtout de permettre au plus grand nombre de continuer à naviguer et à pêcher. Car derrière les chiffres, demeure quelque chose de beaucoup plus simple : l’envie de mer est toujours là. À nous collectivement de veiller à ce que demain, prendre la mer, naviguer ou partir pêcher reste accessible au plus grand nombre et ne devienne pas le privilège de quelques-uns.

Défendre la plaisance populaire, familiale et responsable, c’est aussi défendre l’avenir de toute notre filière nautique et la FNPP y prend une part non négligeable.

Patrick Zimmermann
pour la commission plaisance