Avant de larguer les amarres : un moteur entretenu, c’est une navigation sereine
Le beau temps revient et ce n’est pas trop tôt, profitons-en ! Un petit coup d’œil attentif avant la saison peut éviter bien des galères. Pas besoin d’être mécanicien pour repérer l’essentiel, beaucoup de pannes viennent simplement d’un manque de vérification. Voici les points clés à contrôler régulièrement, avec bon sens et sans prétendre à l’exhaustivité.
Carburant et alimentation : la base de la fiabilité
- Réservoir ou nourrice : carburant propre et récent. Le fond doit être exempt de rouille ou d’impuretés qui pourraient boucher filtres, carburateurs ou l’injection.
- Filtres et préfiltres : propres, purgés ou remplacés si nécessaire.
- Durites : aucune craquelure, aucune fuite. Une prise d’air peut suffire à désamorcer l’installation.
- Prise d’air du réservoir : indispensable pour éviter la dépression et les chutes de régime.
- Gazole : l’eau favorise les bactéries et la formation de boues. Des additifs préventifs existent. Une obstruction de la ligne d’alimentation (préfiltre, filtre, pompe, injecteurs) en mer, surtout par mauvais temps, est un scénario dont on se passerait volontiers.
- Quantité embarquée : prévoir large. La panne sèche n’a jamais amélioré l’humeur de ceux qui viennent vous remorquer.
Air, allumage et carburation
- Filtre à air : un simple contrôle visuel suffit. En cas de doute, on remplace. Un moteur qui respire bien consomme moins.
- Carburateur : purger la cuve ou la démonter pour un nettoyage complet.
- Bougies : nettoyer, souffler, vérifier l’écartement (souvent 0,8 à 0,9 mm) et remplacer si nécessaire.
Refroidissement : éviter la surchauffe
- Thermostat (calorstat) : un démontage simple permet de le nettoyer et de vérifier son ouverture autour de 80° dans de l’eau chaude. S’il ne fonctionne pas correctement, on le remplace.
- Pompe à eau de mer :
- hors-bord : la « pissette » doit être franche. Jet faible = turbine à changer.
- inboard : toujours vérifier la sortie d’eau à l’échappement.
- Durits et vannes d’eau : surveiller l’état général. En cas de doute, on remplace. Une voie d’eau n’est jamais un bon souvenir. Ne pas oublier d’ouvrir la prise d’eau du moteur inboard avant sa mise en route.
Sécurité gaz et circuits annexes
- Flexibles gaz : à contrôler régulièrement. Une fuite peut avoir des conséquences graves. S’équiper d’une couverture antifeu.
- Vannes et robinets : fermer ceux qui ne servent pas.
Électricité et démarrage
- Batteries au plomb : niveau d’électrolyte correct (avec eau distillée uniquement). Si possible, installer une seconde batterie avec un système de couplage.
- Démarreur : à contrôler périodiquement. Au moindre signe de faiblesse, on révise (charbons, solénoïde…).
Transmission et propulsion
- Embase : vidange annuelle recommandée pour éliminer l’eau voire la mayonnaise dans certains cas.
- Inverseur (inboard) : respecter les périodicités de vidange. Une panne d’inverseur = immobilisation assurée.
- Courroies : tension correcte, pas de craquelures.
- Presse-étoupe/joints tournants :
- presse-étoupe : doit goutter légèrement pour se refroidir.
- joints tournants ou joints V : ne doivent pas fuir. Une graisse silicone peut être utilisée selon les préconisations du constructeur.
En résumé
Un entretien régulier, c’est :
- moins de pannes,
- moins de frais,
- plus de sécurité,
- et moins de remorquages… qui ne sont plus gratuits.
Et souvenez-vous
En mer, une petite panne peut vite devenir une vraie galère. Le temps de bricoler, le vent se lève, un passager tourne de l’œil, le bateau dérive vers le chenal… et le cargo, lui, ne s’arrête pas. Autant éviter d’en arriver là. Ne pas oublier de faire le point sur tout le matériel de sécurité obligatoire tel que précisé dans la DIV 240 en fonction de la distance d’éloignement.
Comportements addictifs en mer
Nous abordons cette fois une question de sécurité qui devient de plus en plus préoccupante : la consommation d’alcool ou de stupéfiants en lien avec la conduite des embarcations de plaisance. Avec la puissance croissante des moteurs et la banalisation de certains comportements addictifs, il n’est malheureusement pas surprenant que des accidents surviennent dans de telles conditions.
On se souvient de ce petit garçon de huit ans, à bord de son optimist, qui a perdu la vie lors d’une collision avec une barge dans le bassin d’Arcachon en mai 2025. Ce drame illustre tragiquement les risques encourus.
Un projet de loi est actuellement en préparation. Il prévoit de sanctionner plus sévèrement les conducteurs alcoolisés, sous l’emprise de stupéfiants ou dépassant les vitesses autorisées, ces situations seront désormais considérées comme des délits.
Je reste convaincu que la grande majorité d’entre nous sait faire la différence entre une sortie en mer conviviale et un comportement pouvant mener à de telles extrémités.
Patrice Allin
responsable de la commission sécurité


