Pêche dans la Manche : ce qui va changerpour les pêcheurs en 2026
Les pêcheurs de loisir de la Manche devront se déclarer et déclarer leurs prises à partir du 10 janvier 2026.
© Maëlle Balland - Pexels
Inscrites au Journal officiel, les nouvelles mesures concernant les pêcheurs de loisir seront bien mises en place le 10 janvier. Une décision qui ne fait pas du tout l’unanimité.

Côté Manche

Pêche dans la Manche : ce qui va changerpour les pêcheurs en 2026

Le 10 janvier 2026, après inscription au Journal officiel du 7 novembre dernier, de nouvelles mesures concernant les pêcheurs de loisir vont entrer en vigueur. On parle notamment d’une déclaration annuelle de sa qualité de pêcheur amateur et de la déclaration obligatoire de chacune de ses prises lorsqu’elle concerne quatre espèces ciblées dans la mer de la Manche. Le moins que l’on puisse dire c’est que les pratiquants locaux n’ont pas pris la nouvelle avec entrain, ils témoignent.

Ce qui change

À partir du 10 janvier 2026, la directive européenne et notamment l’article 55 du règlement (UE° n° 2023/2 842) s’appliquera dans la Manche.
« Il sera demandé aux pêcheurs de loisir de 16 ans et plus de s’enregistrer tous les 12 mois et de déclarer de manière journalière leur capture », explique le ministère de la Mer et de la Pêche. Cette obligation de déclaration concerne uniquement les quatre espèces sensibles ciblées pour la mer de la Manche, soit le lieu jaune, la dorade rose, le bar et le thon rouge.
Les déclarations de capture devront être réalisées le jour même sur l’application mobile RecFishing, vous aurez jusqu’à 23 h 59 pour le faire. Cela concerne les personnes qui font de la pêche depuis le bord de l’eau ou un récif, en mer ou en plongée sous-marine.
Cette réglementation concerne également les pêcheurs qui relâchent leurs prises (pêcher - relâcher). Les pêcheurs de loisir devront indiquer le lieu de capture, la taille, le poids, l’espèce et la technique utilisée. Tout manquement entraînera le risque de se faire verbaliser en cas de contrôle même si le ministère indique que 2026 sera plutôt consacrée à l’accompagnement et à la pédagogie de ce nouveau système.

Conscient des problématiques

Patrick Alvès est le président du Comité des pêcheurs amateurs du granvillais (CPAG) et il comprend le besoin de réguler. « La protection des espèces et des stocks on comprend parfaitement », explique-t-il.
Même discours pour Denis Richard, président du comité 50 de la pêche maritime de loisir. « On n’est pas contre à 100 %. On nous accuse de détruire la ressource, on va pouvoir voir ce qu’il en est vraiment », ajoute-t-il en expliquant que les pêcheurs de loisirs refusent de porter le chapeau seuls, face aux problèmes de ressources.
Ce qui pèche pour ces amateurs de pêche de loisir, c’est plutôt dans l’exécution et le contenu de ces directives européennes.

« Tout est à jeter »

Du côté de Granville, on se montre un peu plus virulent. « Tout est à jeter », prévient Patrick. « Quelle loi nous oblige à avoir un téléphone portable ou un ordinateur pour consigner nos prises ? », poursuit-il. Il déplore également qu’aucun dispositif de formation à l’utilisation de cette application ne soit prévu pour le moment, « la loi existe mais on ne sait pas comment elle sera appliquée ».
Autre sujet d’inquiétude pointé par Denis, les pêcheurs de moins de 16 ans. « On ne pourra pas enregistrer leur prise à leur nom et il sera considéré comme pris par le majeur ? Ça réduit forcément le nombre de poissons que l’on peut ramener », s’inquiète-t-il.
La nouvelle législation semble bien dure à faire adopter par les pratiquants.

Un manque de concertation

Ce qui blesse le plus Patrick : « on a beau participer aux concertations citoyennes, nos remarques ne sont jamais prises en compte. » Derrière cette « révolution culturelle de la pêche » comme le dit Denis, Patrick redoute que les mesures prises sur des espèces fragiles perdurent même si elles se refont une santé.
Pour Denis, la nouvelle législation est acceptée par 50 % des pratiquants seulement, il reste du chemin à parcourir aux autorités pour faire avaler la pilule. Une hostilité qui rend la mesure moins fiable, « on espère que tout le monde va jouer le jeu », ajoute Denis.
Côté autorités, on affirme que l’année 2026 sera dédiée à la pédagogie plus qu’à la verbalisation.

Gareth Liron