Bouin - Pêche - Qui a peur de RecFishing ?
Le 27 février dernier on s’est beaucoup entretenu de l’application RecFishing à l’assemblée générale de l’Aplav (Association pêche loisir Atlantique Vendée), le dispositif numérique permettant au pêcheur d’enregistrer ses prises sur internet. Entre mauvaise ergonomie, bugs et dysfonctionnements divers, le logiciel ne fait pas l’unanimité.
Un outil non abouti
Il devait être opérationnel le 10 janvier, mais le jour de son entrée en service il était déjà reporté. L’outil numérique européen RecFishing prévu pour collecter les données de prises d’espèces fragiles : bar, lieu jaune, dorade, thon rouge, est désormais opérationnel depuis mi-février, mais ses débuts n’ont pas enthousiasmé ses premiers utilisateurs, et il a manifestement encore besoin de l’attention de ses concepteurs.
« C’est une application non aboutie. On a mis la charrue avant les boeufs » lance Christophe Goumas, le vice-président de la FNPP (Fédération nationale de la plaisance et des pêches en mer) invité à l’assemblée générale.
Ça se complique sans cesse
S’il n’est pas opposé par principe à l’enregistrement des pêches sur un logiciel dédié : « C’est une demande européenne, les données permettront de mesurer vraiment l’impact de la pêche de plaisance sur les stocks halieutiques. Cela nous permettra aussi de savoir combien nous sommes, car on manque de représentativité », le président de la FNPP avoue que « ça devient compliqué. Ça fait deux ans qu’on travaille avec les autorités et ça se complique sans cesse. Pour l’instant la pêche à pied n’est pas concernée, mais à l’horizon 2030… ».
En tout état de cause, le logiciel étant en cours de perfectionnement et l’administration se disant bonne fille, il n’y aura aucune sanction la première année. Confirmation donnée par le représentant de la brigade nautique de gendarmerie : « On ne verbalisera pas, on fera de l’information et de la pédagogie ». Quant aux sanctions, Christian Goumas avoue que la FNPP est en discussion actuellement sur un volet « sanctions » avec les autorités : « Ne dramatisons pas. RecFishing est en cours de perfectionnement, il va évoluer. Vous prenez un bar, s’il est aux normes, taille, poids, vous avez 24 h pour le déclarer sur le site ».
Les maquereaux de la discorde
Rien ne va plus entre les pêcheurs et leur autorité de tutelle : le 16 janvier Catherine Chabaud, la ministre de la mer, a pris un arrêté limitant le nombre de maquereaux pêchés à 5 par pêcheur et par jour.
Isabelle Prévôt, la présidente de l’APLAV n’a pas manqué de fustiger cette « future usine à gaz ». Elle a fortement incité les adhérents à se rendre sur le site de la commission consultative publique ouverte par le Gouvernement pour recueillir les avis des pêcheurs : « Marquez clairement votre opposition, et demandez une révision à la hausse pour le maquereau ». L’APLAV demande en effet à ce que le quota journalier passe à 10 poissons. La consultation est ouverte jusqu’au 12 mars.
Les inquiétudes des pêcheurs à pied
Une inquiétude chassant l’autre, des membres de l’association ont interpellé les membres du bureau qui se succédaient au pupitre, sur l’extension prévue de la zone interdite de pêche à pied, entourant le marais de Müllembourg, réserve naturelle de 50 ha sur l’Île de Noirmoutier.
D’autres ont fait état de la volonté du ministère de l’environnement et du développement durable, de réglementer l’usage du cerf-volant et des serviettes sur le haut des plages. Même si ces sujets semblaient anecdotiques, ayant peu d’incidences sur la pêche à pied, ils n’ont certainement pas contribué à doper l’optimisme des participants, ce 4 qu’a bien compris le député Stéphane Buchou, qui a littéralement poussé un coup de gueule lors de son intervention.
L’APLAV est devenue incontournable
Si les sujets d’anxiété ne manquaient pas, une grogne sourde ressortait d’ailleurs des questions posées par l’assistance, la 13e assemblée générale depuis la création de l’association en 2012, a conforté la place et le rôle de l’APLAV comme interlocutrice privilégiée auprès des autorités, et des autres associations (11 réunions pour Natura 2000 en 2025).
Forte de ses 691 adhérents, d’un conseil d’administration de 21 membres et d’un bureau dynamique, l’association de défense de la pêche de loisir, est impliquée dans de nombreuses manifestations et évènements qu’elle promeut tout au long de l’année. « Pour 2026 nous allons promouvoir la pêche de plaisance, à pied et en mer, selon quatre axes de travail » a précisé Patrick Leboeuf, secrétaire de l’association, « Sensibilisation, partenariat, vigilance écologique et dialogue. Concrètement cela se traduira par des sorties cet été avec les estivants, au Gois, et une opération de sensibilisation aux bonnes pratiques, avec la gendarmerie maritime de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, au port du Bec. Nos maîtres mots ce sont respect, partage et protection ».
Comme les toutes les assemblées générales de l’Aplav, toujours très suivies et riches en invités, celle-ci n’a pas failli à la tradition : elle s’est conclue par une intervention d’Annick Danis, responsable FNPP du programme du comptage de palourdes au Gois et sur d’autres points de la Baie de Bourgneuf, et sur les recommandations de Jacques Vairé, ancien président de la SNSM de Fromentine, qui a souligné l’importance des dons pour que vive l’association de sauvetage en mer.



