Les plaisanciers, vent debout contre la nouvelle taxe pour les navires
« La plaisance doit rester accessible à tout le monde » : pétition, colère et incompréhension des plaisanciers, vent debout contre la nouvelle taxe pour les navires.
La réforme de la taxe sur les bateaux de plaisance bouleverse le secteur du nautisme. Les associations de plaisanciers montent au créneau.
En 2027, ce sont tous les plaisanciers qui mettront la main à la poche. La réforme de la Taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel (TAEMUP) n’épargnera désormais plus personne. Y compris ceux qui possèdent un bateau de moins de 7 m, jusque-là exonérés de taxe. Les propriétaires de petits navires, fortement motorisés, devraient même trouver l’addition particulièrement corsée. Et sur les pontons, on n’en finit pas de râler.
Cette réforme doit entrer en vigueur au 1er janvier 2027. Dans son mode de calcul, elle prend en compte la puissance en kilowatts (kW) du ou des moteurs du navire, au lieu des chevaux administratifs. Un nouveau barème est aussi établi en fonction de la longueur de la coque du bateau. Les abattements d’ancienneté qui exonéraient, entre autres, les propriétaires de vieux bateaux, ont également été revus et corrigés.
Un décalage conséquent
Si le calcul actuel de la taxe reste le même entre certains modèles de motorisations (par exemple entre un hors-bord de 200 CV, un de 225 CV et un de 250 CV), le fait de prendre en compte la puissance en kW change la donne, la taxe étant différente pour chacun. Sachant que de plus en plus de bateaux sont équipés de bi-motorisations et que le décalage entre la puissance fiscale (les chevaux) et la puissance propulsive (kilowatts) est plus conséquent.
« Cela représente plus de 60 % de nos adhérents »
En réformant la taxe, la volonté du gouvernement est de simplifier le dispositif mais surtout de rendre la plaisance plus verte en incitant les propriétaires de bateaux à se tourner vers des motorisations alternatives, hybrides ou électriques. Ce qui permettrait d’obtenir une réduction de la taxe de l’ordre de 50 à 75 %. Le problème est que ces motorisations vertes sont aujourd’hui minoritaires sur le marché et particulièrement onéreuses à l’achat…
L’annonce de la mise en place de cette réforme a été un véritable tollé dans le monde de la plaisance. Une pétition a été lancée à l’échelle nationale. Elle a déjà recueilli plus de 10 000 signatures. Son but, faire revenir les autorités en arrière en revoyant, entre autres, le calcul de la taxe : « Cela va affecter les possesseurs de petits bateaux, comme par exemple les retraités qui se sont acheté un navire pour aller à la pêche, regrette Jean Mitsialis de l’Association de protection de la plaisance et de la pêche (APPP) de Valras-Plage et des ports de l’Orb et président d’honneur de la Fédération nationale de la plaisance et des pêches en mer (FNPP). Pour une association comme la nôtre, à Valras (APPP), cela représente un peu plus de 60 % de nos adhérents. C’est vraiment impactant. La plaisance doit rester accessible à tout le monde, alors que cette réforme touchera des plaisanciers aux revenus modestes. »
À titre d’exemple, le propriétaire d’un navire de 6,50 m équipé d’un moteur de 200 CV, paiera désormais 441 euros annuellement. Alors qu’il ne déboursait pas un centime jusqu’à présent : « Cette réforme va toucher des plaisanciers du quotidien, ajoute Jean Mitsialis. Des gens qui naviguent en famille ou entre amis. »
Difficile à comprendre
Pour comprendre exactement le pourquoi du comment de l’application de la taxe et sa valeur exacte, il faut sortir sa calculette et s’offrir une belle tempête de crâne. Cette opacité interpelle grandement les plaisanciers qui regrettent de ne pas avoir été entendus : « Il y a bien eu des négociations, précise le président d’honneur de la Fédération nationale de la plaisance et des pêches en mer. Mais comme d’habitude, les autorités n’en ont absolument pas tenu compte ! ».
Une taxe plus importante, un prix des carburants en nette hausse… Déjà en baisse, le marché des bateaux de plaisance devrait encore accuser le coup. De surcroît, par ricochet, cette baisse aurait des conséquences sur les professionnels du nautisme, à l’image des chantiers navals que sollicitent régulièrement les plaisanciers.
RÉACTION
Si la nouvelle taxe entre en vigueur, les sociétés de location de bateaux devront aussi mettre la main à la poche. C’est, entre autres, le cas de Fabrice Bossio de la société Bateau Loc au Cap d’Agde : « Cela devrait représenter pour moi une dizaine de bateaux pour lesquels il n’y avait pas de taxe jusqu’à présent, relève le professionnel du nautisme qui possède aussi un chantier à Marseillan Plage, Cap Nav Services. Le problème est que l’on ne peut pas vraiment savoir combien cela nous coûtera exactement. Mais je dirais, entre 4 000 et 5 000 euros. À Marseillan, au chantier, je vends aussi des bateaux d’occasion et cela va casser le marché. Cela va vraiment nous faire du mal. J’ai des clients, des retraités, qui m’ont déjà fait savoir qu’ils vendront leur bateau si la taxe passe. »
> Pétition : https://plaisancejuste.fr


