Le Marin : mise au point sur les 500 kg de bars
Près de 500 kg de bars sous taille a été retrouvé dans deux bacs de la criée du Guilvinec, jeudi 21 août. Ils attendaient d’être collectés pour être transformés en farine de poisson. | Ligneurs de la pointe de Bretagne
©Le Marin
La Confédération mer et liberté qui représente les pêcheurs de loisirs s’insurge contre « le gaspillage manifeste de ressources halieutiques » et « s’oppose fortement à toute banalisation de tels comportements ».

Par Lionel Flageul - Le Marin | Confédération Mer & Liberté

Le Marin : mise au point sur les 500 kg de bars

« Irresponsable » : 500 kg de bars hors taille débarqués au Guilvinec, un bolincheur suspecté

L’association des Ligneurs de la pointe de Bretagne accuse un bolincheur d’avoir envoyé 500 kg de bars directement à la « poubelle ». Des centaines d’individus ont été mis de côté, jeudi 21 août, lors du tri à la criée du Guilvinec car ils ne respectaient la taille réglementaire et ne pouvaient donc pas être proposés à la vente. Pour l’heure, le bolincheur de Douarnenez nie les faits. Le comité des pêches a demandé l’ouverture d’une enquête.

Que s’est-il passé la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 août, dans la baie de Douarnenez, puis la baie d’Audierne et enfin sous la criée du Guilvinec ? Un communiqué de presse de l’association des Ligneurs de la Pointe de Bretagne, publié dès le vendredi 22, titré « Coup de senne d’un bolincheur : 500 kg de bars sous taille jetés à la poubelle », abondamment relayé et commenté sur les réseaux sociaux, dénonce « une situation de pêche a priori légale mais purement irresponsable ».

Il détaille un scénario probable du parcours de pêche d’un bolincheur de Douarnenez cette nuit-là, avec un épilogue déplorable pour l’association : 500 kg de bars hors taille (moins de 40 cm), répartis dans deux containers, trouvés le 21 août, par des pêcheurs, sous la halle à marée du Guilvinec.

Il ne s’agit pas à strictement parler de « poubelle », mais plutôt de stockage avant ramassage par l’entreprise Bioceval, pour une transformation en farine de poisson, à Concarneau. Piètre destinée pour une espèce noble. « La bolinche, qui peut capturer d’un coup plusieurs tonnes de bar, et provoquer la mort inutile de milliers d’individus immatures, est-elle une technique adaptée à des espèces comme le bar ? La réponse est non », tranche l’association des ligneurs.
Dans une déclaration du mardi 26, l’association des Bolincheurs de Bretagne affirme qu’« elle ne tolérera pas de tels abus. Elle condamne fermement ces faits s’ils sont avérés et ne cautionne en aucun cas ce type de comportement […]. L’association est engagée à respecter les réglementations, en particulier la taille minimale des poissons ».

Quelle réglementation ?

Pour les 27 bolincheurs bretons détenteurs de la licence « bolinche sud », les prises accessoires de bar sont possibles uniquement dans secteur sud 48°30’, en zone 8, au sud de l’île de Sein, et à hauteur de trois tonnes maximum par semaine, par bateau, et dix tonnes par an, pour un total maximum annuel de 51 tonnes pour toute cette flottille, qui embarque environ 170 marins.
« La moyenne annuelle de débarque de bar tourne autour de 15 tonnes pour toute la flottille des bolincheurs et jusqu’à 25 tonnes si on remonte plusieurs années en arrière », chiffre Yvan le Lay, président des Bolicheurs de Bretagne et patron-armateur de St Guénolé, au marin.
Depuis le début de l’année, le tonnage de bar de bolinche débarqué et vendu en criée était d’environ 5 tonnes jusqu’alors, auxquelles s’ajoute 1,6 tonne de bar de taille légale vendu le 21 août à la criée du Guilvinec. Le produit de cette vente n’est pas communiqué, mais on peut l’estimer entre 20 et 25 000 euros. Autant d’argent laissé dans l’eau si le patron du bolincheur avait décidé de larguer le bout de la bolinche, avant le salabardage, pour laisser partir, vivante, la calée, au vu du mélange de bar, avec du hors taille…

Hors taille d’un à trois cm

Le tonnage total de bar débarqué par ce seul bolincheur, et trié avant la mise en vente sous la halle, qui dispose de caméras de surveillance s’élèverait à environ deux tonnes, au regard des 4 à 500 kg de bars hors taille retrouvés sous la halle. « Du poisson hors taille d’un à deux ou trois cm, en grande majorité », selon la criée.
La Confédération mer et liberté qui représente les pêcheurs de loisirs s’insurge contre « le gaspillage manifeste de ressources halieutiques » et « s’oppose fortement à toute banalisation de tels comportements ».

Une défense fragile

Contacté, le patron du bolincheur en question n’a pas encore répondu au marin. Dans un article du Télégramme, paru le 26 août, il affirme avoir bien pêché au sud du 48 °, et que « ce poisson hors taille, ce n’est pas moi qui l’ai débarqué, ce n’est pas mon poisson ! ».
Une défense fragile, alors que le CRPMEM de Bretagne, dans son communiqué du 26 août, condamne fermement l’incident : « s’ils sont avérés, les faits imputés sont graves. Il est regrettable qu’un seul navire jette l’opprobre sur toute une flottille » assure son président, Olivier le Nezet, qui demande l’ouverture d’une enquête, le comité pouvant se constituer partie civile dans ce dossier.

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